Affaire Perrier : un concurrent conteste l'autorisation préfectorale pour l'exploitation de la source
Perrier : un concurrent conteste l'autorisation préfectorale

L'affaire Perrier rebondit avec un nouveau recours administratif

Le groupe Bonneval, un minéralier basé à Séez en Savoie, a formé un recours contre l'arrêté signé le 18 décembre 2025 par le préfet du Gard Jérôme Bonet. Ce document administratif autorise le groupe Nestlé à poursuivre l'exploitation des sources Perrier à Vergèze sous l'appellation "eau minérale naturelle", malgré l'utilisation d'un système de microfiltration à 0,45 micron.

Un conflit qui s'envenime entre David et Goliath

Cette contestation s'inscrit dans un conflit plus large entre les deux entreprises. Bonneval, qui ne représente qu'une infime partie du marché avec 8 millions de bouteilles vendues en 2025 face aux 10 milliards de flacons du secteur, avait déjà assigné Nestlé devant le tribunal de Nanterre pour "concurrence déloyale", réclamant 1,6 milliard d'euros de dommages et intérêts.

Selon David Merle, directeur général de Bonneval, cette somme correspond aux "gains manqués" par son entreprise en raison du maintien sur le marché des eaux Nestlé (Perrier, Contrex et Hépar) malgré les révélations de traitements illicites portés à la connaissance des autorités dès 2021.

Le long parcours réglementaire des filtres Perrier

L'histoire des traitements des eaux Perrier est complexe :

  • Après les traitements interdits par ultraviolets ou filtres à charbon
  • Nestlé avait installé un système de microfiltration avec des filtres de 0,2 micron
  • En mai 2025, le préfet du Gard a mis en demeure le géant agroalimentaire de cesser d'utiliser ces filtres, jugés "en contradiction avec la réglementation"
  • En juillet 2025, Perrier a annoncé la mise en place d'un nouveau dispositif avec des microfiltres de 0,45 micron
  • Six mois plus tard, le préfet a donné son feu vert conditionnel

L'autorisation préfectorale demande à Nestlé de faire la preuve, dans l'année, "de l'effet du traitement de microfiltration à 0,45 µm sur le microbisme de l'eau minérale".

Les arguments juridiques de Bonneval

Dans un document de 13 pages adressé au préfet, Bonneval conteste fermement cette décision :

"Elle n'est pas conforme au cadre réglementaire applicable à cette appellation Eau minérale naturelle strictement encadrée", écrit le groupe, soulignant que cette appellation impose que l'eau soit potable et sans risque bactérien à la source, filtrée naturellement par la nature et ne fasse l'objet d'aucun procédé de traitement.

David Merle précise : "Les arrêtés contestés approuvent l'usage de dispositifs de microfiltration de 0,45 micron, un seuil permettant l'élimination de la charge bactérienne pathogène et relevant, de fait, d'un procédé de désinfection, incompatible avec la définition réglementaire de l'eau minérale naturelle."

Un risque de confusion pour les consommateurs

Le directeur général de Bonneval met en garde contre les conséquences de cette autorisation : "Cette décision engendre, de fait, une confusion pour le consommateur dans la mesure où cela ne permet plus de faire la différence entre une eau filtrée par des procédés industriels et une eau entièrement issue de la nature."

Le groupe estime qu'en approuvant, "même conditionnellement", l'usage de cette microfiltration, les arrêtés préfectoraux ouvrent la voie à la commercialisation, sous l'appellation eau minérale naturelle, d'une eau traitée comparable à de l'eau du robinet, mais vendue jusqu'à 150 fois plus cher.

Des problèmes de pureté mis en avant

Bonneval rappelle également que de récents épisodes ont démontré que l'eau brute issue des forages Romaine VI et VII, ceux pour lesquels l'arrêté préfectoral permet l'exploitation :

  1. "Ne répond plus au critère de pureté originelle"
  2. "Est vulnérable aux sources de pollution"
  3. "Est manifestement instable dans ses caractéristiques essentielles, notamment au regard des variations de température"

Un ultimatum de deux mois

Pour toutes ces raisons, Bonneval demande au préfet du Gard de retirer l'arrêté du 18 décembre 2025 dans un délai de deux mois. "À défaut, nous nous réservons le droit de saisir le tribunal administratif de Nîmes afin d'obtenir l'annulation de cet arrêté", prévient l'entreprise.

Une même missive a été adressée au préfet des Vosges, qui a signé un arrêté similaire pour les eaux Hépar et Contrex, élargissant ainsi le front juridique.

La détermination du petit contre le géant

David Merle justifie cette démarche en des termes évocateurs : "Bonneval est déterminée à défendre le respect strict du cadre réglementaire applicable aux eaux minérales naturelles et à aller jusqu'au bout de toutes les voies de droit à sa disposition. L'eau minérale naturelle est un produit d'exception produit par la nature. Nous nous battrons contre toute volonté de la transformer en eau filtrée industriellement sans que le consommateur n'en soit informé."

Cette nouvelle étape dans l'affaire Perrier promet de prolonger un conflit qui oppose depuis plusieurs années un petit acteur régional à l'un des géants mondiaux de l'agroalimentaire, avec des enjeux réglementaires, commerciaux et de santé publique considérables.