La Belgique est secouée par une vive polémique après la révélation du package salarial accordé à Ilham Kadri, la PDG du groupe chimique et de recyclage Umicore. Selon des informations publiées par le quotidien De Tijd, la dirigeante percevrait une rémunération totale de près de 40 millions d'euros pour l'exercice 2025. Cette somme, qui inclut un salaire fixe, des bonus et des stock-options, a provoqué un tollé dans le pays, où les inégalités salariales sont un sujet sensible.
Un package qui défie l'entendement
Le montant de 40 millions d'euros, confirmé par des sources proches du conseil d'administration, représente environ 1 000 fois le salaire moyen belge. Ilham Kadri, âgée de 52 ans, est à la tête d'Umicore depuis 2022. Sous sa direction, le groupe a connu une croissance significative, notamment dans le secteur des batteries pour véhicules électriques. Cependant, les syndicats et une partie de la classe politique estiment que cette rémunération est disproportionnée, surtout dans un contexte de crise du pouvoir d'achat.
Réactions politiques et syndicales
Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a qualifié ce package d'« excessif » lors d'une conférence de presse, tout en rappelant que l'État belge détient une participation dans Umicore. Le ministre de l'Économie, Pierre-Yves Dermagne, a annoncé l'ouverture d'une enquête pour vérifier si cette rémunération respecte les règles de gouvernance d'entreprise. Les syndicats, de leur côté, ont appelé à une grève nationale pour dénoncer « l'explosion des inégalités ». La FGTB a déclaré dans un communiqué : « Pendant que les travailleurs luttent pour joindre les deux bouts, les grands patrons s'octroient des salaires indécents. »
Umicore se justifie
Dans un communiqué, Umicore a défendu la rémunération de sa PDG, arguant qu'elle est liée à la performance exceptionnelle de l'entreprise. Le groupe souligne que le cours de l'action a augmenté de 150 % depuis l'arrivée d'Ilham Kadri, et que les objectifs stratégiques ont été largement dépassés. Le conseil d'administration précise que 70 % du package est composé d'actions et d'options, dont la valeur dépend des performances futures. Cependant, ces arguments n'ont pas calmé la controverse.
Un débat plus large sur les rémunérations
Cette affaire relance le débat sur l'encadrement des salaires des dirigeants en Belgique. Plusieurs partis politiques, dont le PS et Ecolo, réclament une loi plafonnant les rémunérations des patrons d'entreprises publiques ou subventionnées. Certains économistes estiment que de tels écarts salariaux nuisent à la cohésion sociale et à la confiance dans le système économique. La polémique intervient alors que la Belgique connaît une inflation élevée et que de nombreux ménages peinent à payer leurs factures énergétiques.
Ilham Kadri, née au Maroc et naturalisée belge, est une figure respectée dans le monde des affaires. Elle a été nommée parmi les femmes les plus puissantes d'Europe par Fortune. Mais ce scandale salarial risque de ternir son image et de fragiliser sa position à la tête d'Umicore. L'assemblée générale des actionnaires, prévue en juin, s'annonce houleuse.



