Une start-up varoise déclare la guerre au géant Suez
Basée à Hyères, la start-up Mini green power vient d'assigner en justice le géant Suez, son ancien partenaire industriel. Cette entreprise de 25 salariés, spécialisée dans la conception de petites centrales de production d'énergie à partir de la combustion de déchets, notamment les CSR (combustible solide de recyclage), se lance dans un bras de fer judiciaire contre le leader mondial de la gestion de l'eau et des déchets.
Une rupture brutale après 18 mois de collaboration
Jean Riondel, cofondateur de Mini green power il y a 12 ans et finaliste des trophées INPI en 2023, raconte : « Suez a été un partenaire bienveillant pendant 18 mois, et puis j'ai reçu un coup de fil, le 10 novembre 2025, suivi d'une lettre recommandée, m'informant de la fin de notre collaboration. » Cette décision intervient alors que la start-up sortait à peine la tête de l'eau après une procédure de redressement judiciaire en 2024.
Un contrat vital de 50 millions d'euros
Le contrat avec Suez, signé après le redressement judiciaire, prévoyait :
- La construction d'un démonstrateur à Narbonne sur un site exploité par Suez
- Une unité de production d'électricité de 1 MW via la génération de vapeur à partir de CSR
- Cinq autres unités de 10 MW pour une commande totale de 50 millions d'euros
Ce projet s'inscrivait dans une délégation de service public concernant la valorisation des déchets du territoire narbonnais.
Le démonstrateur : un géant inachevé
Le démonstrateur basé à Narbonne, un géant de 20 mètres de haut pour 400 m² d'envergure, était finalisé à 90% mais n'a jamais été mis en service. Les personnels de Mini green power ont été sommés de quitter les lieux après avoir sécurisé l'installation. La start-up, qui détient 38 brevets, réclame aujourd'hui devant le Tribunal des affaires économiques de Paris le paiement de plus de 25 millions d'euros pour manque à gagner.
Les arguments de Suez
De son côté, Suez justifie sa décision par :
- Des surcoûts importants du projet
- Des dépassements de délais répétés
- L'absence de garantie sur la performance de la technologie
Un porte-parole du groupe explique : « En fin d'année 2025, Suez avait versé à Mini green power le double du budget initial sans maîtrise du coût final. Aucune entreprise ne peut soutenir l'augmentation de plus de 100% du budget initial d'un projet. » Le groupe revendique également la propriété du démonstrateur et affirme réfléchir à son avenir.
Un contexte local mouvementé
Dès juillet 2025, une pétition avait été mise en place contre la réalisation de ce démonstrateur, avec constitution d'un collectif pointant l'absence d'information précise sur le projet. Cependant, Suez assure que sa décision n'est motivée que par des raisons industrielles et qu'elle n'a aucun impact sur la délégation de service public en cours avec le Grand Narbonne.
La version de Mini green power
L'assignation rédigée par Me Marine Travaillot, avocate de Mini green power, pointe la responsabilité de Suez dans les retards et surcoûts du projet, suite à différentes avaries sur le site de Narbonne. Jean Riondel, qui a déjà reçu 4 millions d'euros de son ex-partenaire, n'hésite pas à accuser Suez de tenter d'organiser sa faillite.
Un enjeu pour l'écosystème des PME innovantes
Dans un communiqué, Mini green power souligne : « La France investit massivement dans la transition énergétique et la valorisation des déchets. Des PME comme Mini green power en constituent des maillons essentiels. Leur fragilité interroge les conditions dans lesquelles les partenariats entre grands groupes et PME innovantes sont noués — et dans lesquelles ils peuvent être rompus. »
Cette affaire judiciaire met en lumière les tensions potentielles entre les grands groupes industriels et les petites entreprises innovantes dans le secteur de la transition énergétique, alors que la start-up hyéroise avait pourtant annoncé une nouvelle levée de fonds peu avant cette rupture contractuelle.



