L'Isetta, la microcar qui a redonné espoir à l'Allemagne d'après-guerre
Surnommée affectueusement « das Ei » (l'œuf) outre-Rhin, l'Isetta a apporté bien plus qu'une simple solution de mobilité aux Allemands de l'après-guerre. Elle a incarné une véritable dose d'espoir dans une période où tout était à reconstruire, symbolisant l'ingéniosité et la modestie nécessaires pour relever le pays.
Des origines italiennes inattendues
Tout commence en 1953 dans les ateliers d'Iso Rivolta, un constructeur italien alors connu principalement pour ses scooters et ses réfrigérateurs. Inspiré par l'exemple de General Motors qui avait créé Frigidaire en 1919, Renzo Rivolta, fondateur de la marque, souhaite diversifier ses activités. Son ambition : créer une voiturette abordable, agile et économique, parfaitement adaptée aux villes encombrées de l'époque.
L'idée est audacieuse : concevoir une microcar au design rondouillard, propulsée par un petit moteur de moto et dotée d'une particularité unique - l'accès se fait par l'avant. Il suffit d'ouvrir la face avant pour grimper à bord, un mécanisme qui rappelle étrangement l'ouverture d'un réfrigérateur, clin d'œil involontaire à l'un des produits phares d'ISO.
Un design qui fait sourire
Lors de sa présentation au Salon de Turin, la drôle de silhouette de l'Isetta attire immédiatement les curieux. Avec ses phares en yeux de grenouille, son toit bombé, ses hanches rebondies et sa face rieuse, elle ressemble à un œuf prêt à éclore. La comparaison devient encore plus savoureuse à l'approche de Pâques : imaginez un petit œuf motorisé qui, au lieu de cacher des chocolats, dissimule deux passagers et un moteur de 236 cm³ placé derrière l'unique banquette !
Pourtant, malgré son charme indéniable, l'Iso Isetta peine à s'imposer sur les routes italiennes. Le salut viendra fortuitement d'Allemagne, où sa seconde vie va véritablement commencer.
Le sauvetage allemand
Au début des années 1950, BMW se trouve dans une situation financière critique. Le constructeur cherche désespérément un modèle populaire capable de combler le gouffre entre ses motocyclettes et ses berlines de luxe. C'est au Salon de Genève que les dirigeants de BMW découvrent l'Isetta et, immédiatement conquis, achètent les droits de production pour le sol allemand.
Sous licence d'Iso, les ingénieurs de Munich entreprennent une refonte complète du concept : nouvelle motorisation issue de la BMW R25, ajustements du châssis, finitions plus rigoureuses. L'Isetta allemande naît en 1955 et triomphe presque aussitôt.
Un succès phénoménal
Symbole de l'ingéniosité et de la modestie de l'après-guerre, la BMW Isetta devient rapidement l'un des visages les plus familiers des villes d'Allemagne de l'Ouest. Ses atouts sont nombreux :
- Une consommation à peine supérieure à 3 L/100 km
- Un prix contenu et accessible
- Une allure unique et reconnaissable entre toutes
- Des dimensions compactes idéales pour les centres-villes étroits
La crise du canal de Suez en 1956 renforce encore son attrait économique, créant un parallèle intéressant avec les préoccupations énergétiques actuelles. Entre 1955 et 1962, plus de 160 000 exemplaires sortent des chaînes BMW, un record impressionnant pour un véhicule aussi atypique.
Caractéristiques techniques remarquables
Sous le capot arrière prend place un petit monocylindre quatre temps refroidi par air, dérivé de la moto BMW R 25. D'une cylindrée initiale de 247 cm³, puis portée à 298 cm³ sur l'Isetta 300, il développe entre 12 et 13 chevaux selon les versions. La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à quatre rapports, complétée d'une marche arrière.
L'ensemble privilégie avant tout la sobriété et la légèreté :
- Un poids contenu autour de 330 à 350 kg
- Une consommation particulièrement basse (3 à 3,5 litres aux 100 km)
- Des dimensions minimales (2,28 m de long pour 1,38 m de large)
- Un prix de vente initial de 2 550 Deutsche Mark (équivalent à 1 300 euros aujourd'hui)
Un héritage durable
Au fil des années, la petite Isetta devient presque un membre de la famille pour de nombreux Allemands, affectueusement surnommée « l'œuf BMW ». Même Gary Grant, sur la 5e Avenue à New York, se prête à sa promotion, bien loin des belles américaines habituelles.
En Italie, l'Isetta avait échoué face à la concurrence des scooters et des trois-roues de livraison. Mais en Allemagne, elle a trouvé sa place entre la Messerschmitt à deux places en tandem, jugée trop peu maniable, et la Coccinelle, plus franchement automobile. Ce succès phénoménal a largement contribué au redressement de BMW, finalement racheté par la famille Quandt, propriétaire de Varta.
Aujourd'hui encore, au détour d'un rallye ou d'un musée automobile, l'Isetta continue d'attirer les sourires et la curiosité. Sa porte frontale qui s'ouvre comme un clin d'œil au passé rappelle ces années où la fantaisie automobile était encore permise, où l'ingéniosité primait sur la puissance, et où une petite voiture pouvait incarner les grands espoirs d'une nation en reconstruction.



