La librairie Libellule de Marmande ferme définitivement après trois décennies
La nouvelle a été annoncée mardi comme un coup de massue : la librairie Libellule, située au 30, rue de la Libération à Marmande, baissera son rideau dans quelques semaines. Cette fermeture intervient après plus de trente ans d'existence, marquant la fin d'une aventure entrepreneuriale pour son propriétaire, Antoine Le Chevallier.
Un commerce bâti sur la passion des livres
Ancien professionnel de l'informatique, Antoine Le Chevallier a tout investi dans le monde du livre lorsqu'il a repris une papeterie et un commerce de manuels scolaires en 1992. « Quand on a passé plus de trente ans à bâtir un commerce, évidemment, c'est plus qu'un pincement au cœur de devoir baisser le rideau », confie-t-il, ému. À quelques semaines de la fermeture, le sexagénaire laisse derrière lui des décennies de souvenirs, mais aussi des difficultés accumulées ces dernières années.
À ses débuts, Libellule était entourée de nombreux commerces dans une rue animée, avec pas moins de 62 boutiques. « La rue comptait 62 boutiques : épicerie, coiffeurs, chocolats, parfumerie, jouets. Et le square de Verdun était splendide », se souvient-il avec nostalgie. Cependant, les modes de consommation ont évolué, et beaucoup de ces enseignes ont fermé progressivement.
Des défis multiples et un manque de soutien
Antoine Le Chevallier pointe du doigt plusieurs facteurs ayant conduit à cette fermeture. D'abord, un discours répété de la part des politiques locaux selon lequel la librairie n'était pas située en centre-ville. « Nous avons entendu cette petite musique qui répétait que Libellule n'était pas située en centre-ville de la part de tous les politiques », déplore-t-il. Il estime que les efforts se concentrent désormais sur d'autres artères, comme la rue Charles-de-Gaulle ou la rue piétonne, sans soutien suffisant pour les reprises commerciales.
Ensuite, la librairie a dû faire face à des défis internes, notamment une gestion avec un nombre d'employés jugé surdimensionné pour une surface de 450 m². La pandémie de Covid-19 a aggravé la situation, entraînant une baisse de trésorerie et un glissement de la consommation vers Internet. « Antoine Le Chevallier approchait à l'époque des 63 ans et voulait laisser la place à des personnes davantage à la page », explique-t-il. Des salariés avaient proposé une reprise en coopérative, mais les projets ont échoué.
La concurrence et le snobisme local
L'arrivée en 2014 d'une seconde librairie, Le Gang de la clef à molette, place du Marché, n'a pas arrangé les affaires de Libellule. Antoine Le Chevallier évoque un certain « snobisme » de la part d'une caste de Marmandais, qui aurait préféré fréquenter l'autre établissement. « Nous avons été relativement seuls dans les difficultés, que nous avons malgré tout surmontées », concède-t-il. Il reconnaît aussi que le secteur de la librairie en France traverse une période difficile.
Les derniers espoirs de reprise se sont effondrés récemment, avec le désintérêt de la municipalité et des financeurs. « Nous avions encore un dernier espoir, qui s'est brutalement effondré en début de semaine, lâché par Val de Garonne Agglomération », révèle Antoine Le Chevallier. À 69 ans, il se dit fatigué et a pris la décision de dissoudre la société qu'il forme avec sa femme le 31 mai.
Les réactions des clients et l'impact sur la ville
Les clients de Libellule expriment leur tristesse face à cette fermeture. « C'est quand même dommage », soupirent-ils en venant récupérer leurs commandes. Zelia, une cliente, raconte : « J'ai été invitée sur un de leurs salons et c'est comme ça que j'ai débarqué à Marmande ». Une autre s'interroge sur l'avenir : « Trouver dans le coin une telle sélection de mangas ou de littérature de l'imaginaire, ce n'est pas facile, donc je ne sais pas où j'irai ».
Pierre Lagardère, un ancien libraire de Libellule, souligne l'impact de cette fermeture sur le commerce local. « Les gens qui venaient ici pour nos rayons mangas ou jeux, ce sont autant de clients qui ne reviendront pas en centre-ville », affirme-t-il. Cette fermeture marque ainsi la fin d'un chapitre pour Marmande, avec des conséquences potentielles sur l'attractivité du centre-ville.



