Jacky Pigeyre, 90 ans : une vie de labeur et de passion dans le Gard
À 90 ans, Jacky Pigeyre n'a rien d'un retraité immobile. Il incarne une génération forgée à la force du poignet, celle qui n'a jamais appris à rester les bras croisés. Né en 1935 à Cardet, dans une famille d'épiciers, il grandit au rythme d'un commerce rural aujourd'hui presque disparu. Son père livrait d'abord à pied avec une charrette à la main, puis avec un âne et ensuite en camion sillonnant les chemins pour approvisionner les campagnes. Le sens du commerce est chez lui une seconde nature.
Le travail avant tout
À seulement 10 ans, il enfourche son vélo pour vendre des croissants venus de Lézan, vend les poissons pêchés dans le Gardon ou transporte des sacs de feuilles de mûrier pour nourrir les vers à soie. L'école ne le retient pas longtemps : le travail lui, l'appelle. Très jeune, il entre dans la vie active avant de revenir à ses racines commerciales aux côtés de son père et de son frère. Permis en poche, il prend la route pour assurer l'une des tournées familiales. Mais la mécanique le passionne, les moteurs l'attirent. Il change de cap.
À la fin des années 50, il ouvre avec son frère le Grand garage du Pont Troué. Là, ils rachètent, réparent et redonnent vie à des voitures d'occasion. Le flair est bon. L'époque change, les envies aussi : la caravane devient symbole de liberté. Ils lancent alors Cévennes caravanes. Le succès est fulgurant : jusqu'à 400 ventes de véhicules neufs ou remis en état. En 1975, il faut voir plus grand, un nouveau site s'impose à Lattes près de Montpellier. Si le travail ne l'effraie pas, à force d'années au contact de la clientèle et des contraintes administratives, Jacky souhaite revenir à ce qu'il aime profondément, le concret : les outils, le geste juste.
Passion et transmission
En 1986, sa fille Sylvie reprend la comptabilité puis sa nièce Mireille intègre l'entreprise et en 1994, son gendre Norbert prend les rênes de l'entreprise. À 63 ans, il prend officiellement sa retraite. Mais pour Jacky, s'arrêter n'a jamais été une option. Chaque jour, on le retrouve encore à l'ouvrage : un coup de pinceau, une réparation, un service rendu. Quand je vois du travail à faire, je ne peux pas me reposer, glisse-t-il avec une évidence désarmante. Et aujourd'hui à 90 ans il a toujours cette étincelle dans le regard et garde un œil attentif et bienveillant sur l'entreprise. La confiance est là, solide, transmise.
Quand il n'est pas dans l'action, il retrouve une autre respiration : l'accordéon, appris dans sa jeunesse. Et puis il y a les moments simples, essentiels : les repas en famille, les rencontres entre amis. Une vie entière de travail, sans détour, sans calcul. Une vie à l'ancienne, droite, solide, une leçon presque oubliée aujourd'hui : avancer, toujours sans jamais renoncer.



