Grève massive chez Ubisoft : des centaines de salariés protestent contre le retour au présentiel
Grève massive chez Ubisoft contre le retour au présentiel

Une mobilisation historique dans le secteur du jeu vidéo

Le mardi 10 février 2026, le géant français du jeu vidéo Ubisoft a été le théâtre d'un mouvement social d'ampleur, avec plusieurs centaines de salariés en grève sur les 3 800 employés que compte l'entreprise en France. Cette mobilisation, l'une des plus importantes de l'histoire du groupe, intervient dans un contexte de réorganisation interne et de tensions autour des conditions de travail.

Des chiffres contrastés mais un impact significatif

Les organisations syndicales, dont le Syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo (STJV), ont revendiqué la participation d'au moins 1 200 grévistes au sein du groupe Ubisoft. De son côté, la direction a communiqué à l'Agence France Presse (AFP) un chiffre de 538 grévistes déclarés, représentant moins de 15 % des effectifs français. Malgré cette divergence, le mouvement reste notable dans un secteur où les grèves sont traditionnellement peu massives.

Des rassemblements à travers la France

Les manifestations se sont déroulées dans plusieurs villes abritant des studios d'Ubisoft. À Saint-Mandé (Val-de-Marne), où se trouve le siège social, plus d'une centaine d'employés se sont rassemblés en début d'après-midi, brandissant drapeaux et pancartes. Leur principale revendication : l'abandon du projet de retour à cinq jours de présentiel par semaine, annoncé en janvier 2026 dans le cadre d'une réorganisation plus large de l'entreprise.

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À Bordeaux, une trentaine de salariés ont manifesté devant le studio de la Bastide. Laura Turban, représentante du STJV, a exprimé à l'AFP sa crainte que cette mesure ne serve « un moyen de pousser les employés vers la sortie ». Des rassemblements ont également eu lieu à Montpellier, Annecy, Lyon et même Milan, où un piquet de grève a été mis en place.

Un contexte de crise et de restructuration

Cette grève survient alors qu'Ubisoft, éditeur de franchises célèbres comme Assassin's Creed, Just Dance ou Far Cry, traverse une période difficile. Empêtré dans des problèmes financiers, le groupe cherche à se relancer sur un marché devenu hypercompétitif. La réorganisation en cours vise à regrouper les studios par expertise et en unités autonomes, mais elle s'accompagne de mesures drastiques.

  • Une cure d'austérité de 200 millions d'euros sur deux ans.
  • L'annulation de plusieurs jeux, dont une version modernisée du classique Prince of Persia : les sables du temps.
  • Un projet de plan de départs volontaires, sous forme de rupture conventionnelle collective, visant 200 postes au siège (sur 1 100 salariés).
  • La fermeture de studios à l'étranger, notamment à San Francisco (États-Unis), Osaka (Japon), Leamington (Royaume-Uni), Stockholm (Suède) et Halifax (Canada).

Un soutien politique et syndical marqué

À Saint-Mandé, les grévistes ont reçu le soutien de personnalités politiques et syndicales. Les députés de La France insoumise, Ugo Bernalicis et Antoine Léaument, ainsi que la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, se sont joints aux manifestants. Des militants arboraient des masques à l'effigie des Lapins crétins, personnages emblématiques d'Ubisoft, symbolisant la créativité menacée par les nouvelles directives.

Les réactions de la direction et les perspectives

La direction d'Ubisoft assure que son nouveau modèle opérationnel permettra de regagner en compétitivité. Dans un communiqué transmis au Monde le lundi 9 février, l'entreprise a reconnu que « ces évolutions, notamment en matière d'organisation du travail, suscitent des réactions fortes », tout en se disant « engagée dans un dialogue ouvert et constructif avec les employés et les représentants du personnel ».

Malgré ces déclarations, les syndicats ont appelé à poursuivre le mouvement jusqu'au jeudi 12 février, signe que les tensions pourraient perdurer. Cette grève met en lumière les défis auxquels fait face l'industrie du jeu vidéo, tiraillée entre impératifs économiques et préservation des conditions de travail.

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