Une vingtaine de salariés de Decathlon ont manifesté, samedi après-midi, devant l’enseigne de Mandelieu, pour dénoncer la politique salariale du groupe et la stagnation des rémunérations. Les syndicats alertent sur un dialogue social en recul.
Des bénéfices records, mais des salaires qui stagnent
Sous le soleil mandolocien, les drapeaux syndicaux flottent devant l’entrée du magasin Decathlon. Les clients continuent d’aller et venir, parfois intrigués, tandis qu’une vingtaine de salariés distribuent des tracts et expliquent leur colère. Une scène inhabituelle pour une enseigne longtemps réputée pour son esprit d’entreprise et sa proximité avec ses équipes. Mais, hier après-midi, le malaise avait quitté les salles de pause pour s’afficher sur le parking. À l’appel de la CFTC et de la CFDT, des salariés du magasin de Cannes-Mandelieu, rejoints par des collègues d’autres sites, ont participé à un mouvement de grève, destiné à dénoncer la politique salariale du groupe.
« Vous avez, depuis quatre ans, près de 900 millions d’euros de résultats chaque année et, dans le même temps, des salariés qui ne voient plus leur salaire progresser », dénonce Bertrand Creusy, élu CFTC et salarié de l’enseigne depuis 1987. Dans le viseur des syndicats, les augmentations générales jugées insuffisantes, mais aussi la fin de véritables négociations salariales. En janvier, une hausse de 30 euros a été accordée aux salariés gagnant moins de 2 500 euros brut mensuels. Une mesure jugée trop limitée. « Il y a des responsables de rayon ou des vendeurs expérimentés qui n’ont pas été augmentés depuis quatre ans », affirme Christophe Levier, élu CFDT au comité social et économique régional.
La crainte d’une dégradation durable
Les syndicats pointent aussi une évolution des effectifs. Selon eux, les départs de salariés à temps complet seraient de plus en plus souvent remplacés par des contrats à temps partiel, des alternants ou des stagiaires. Une stratégie qui contribuerait à accroître la pression sur les équipes présentes en magasin. « Quand tout le monde est là, ça tient. Mais dès qu’il y a une absence, on travaille en flux très tendu », assure Christophe Levier. De quoi nourrir le malaise de salariés qui ont vu grandir l’enseigne et qui peinent, aujourd’hui, à reconnaître l’entreprise qu’ils ont connue. « Pendant longtemps, les valeurs de Decathlon étaient le ciment de l’entreprise. Aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment qu’elles disparaissent peu à peu », regrette Bertrand Creusy.
Les syndicats assurent ne pas vouloir pénaliser les clients, ni bloquer l’activité du magasin. Mais ils préviennent déjà que la mobilisation pourrait prendre une autre ampleur si les discussions n’évoluent pas. « S’il faut fermer les magasins, on le fera », lancent ainsi les deux représentants syndicaux.



