Interception du pétrolier Tagor par la Marine nationale
Emmanuel Macron a annoncé dimanche 30 mai l'arraisonnement du pétrolier Tagor par la Marine nationale française. Ce navire, qui faisait l'objet de sanctions internationales, naviguait depuis la Russie. Le président français a précisé sur le réseau social X que l'opération s'était déroulée dans l'océan Atlantique, en haute mer, avec le soutien de plusieurs partenaires, dont le Royaume-Uni, dans le strict respect du droit de la mer.
« Il est inacceptable que des navires contournent les sanctions internationales, violent le droit de la mer et financent la guerre que la Russie mène contre l'Ukraine depuis plus de quatre ans », a déploré le chef de l'État.
Précisions de la préfecture maritime
La préfecture maritime de l'Atlantique a indiqué que l'intervention a eu lieu à plus de 400 milles nautiques (740 kilomètres) à l'ouest de la pointe de la Bretagne, alors que le pétrolier venait de Mourmansk, en Russie. « Cette opération visait à vérifier la nationalité d'un navire soupçonné de battre pavillon illégitime. Après l'embarquement de l'équipe d'inspection, l'examen des documents a confirmé les soupçons d'irrégularité du pavillon. Conformément au droit international et à la demande du procureur, le navire a été dérouté », a détaillé la préfecture.
Réaction de la Russie
Le Kremlin a immédiatement réagi en qualifiant la saisie du Tagor d'illégale et de proche de la piraterie. Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a affirmé que la Russie prendrait des mesures pour assurer la sécurité du transport maritime de marchandises en réponse à cet incident. Selon l'ambassade de Russie à Paris, le capitaine du navire serait un citoyen russe.
Quatrième interception de ce type
Cette opération est la quatrième du genre menée par la France, après celles du Deyna et du Grinch en Méditerranée (mars et janvier 2026), et du Boracay (alias Pushpa) arraisonné en septembre 2025 au large de la Bretagne. Les trois navires avaient été immobilisés puis relâchés après paiement d'amendes. La France et le Royaume-Uni se sont engagés à bloquer le passage des navires liés à la « flotte fantôme » russe, mais les arraisonnements restent sporadiques.
Jeu du chat et de la souris en mer
Grâce à leur flotte fantôme, composée de navires souvent vieux et mal entretenus sous pavillon de complaisance, les Russes parviennent à exporter leur pétrole en contournant les sanctions. Emmanuel Macron estimait en 2025 que Moscou finance ainsi entre 30 et 40 % de son effort de guerre contre l'Ukraine. L'Union européenne évoque un nombre de 600 à 1 400 bateaux fantômes, mais sans certitude. Ces navires jouent avec les règles internationales en changeant fréquemment de pavillon ou en éteignant leurs transpondeurs.
Enquête sur les données AIS
Une enquête menée par plusieurs médias, dont la VRT, publiée en décembre 2025, révèle que des navires russes ou liés à la Russie coupent leur système d'identification automatique (AIS) en eaux internationales. Cette technique brouille les pistes, évite les attaques, ou permet des repérages et sabotages. L'étude des données AIS de 1 378 bateaux entre 2020 et 2025 montre que certains coupent leur signal puis le réactivent ailleurs, comme un cargo panaméen qui a navigué du sud de l'Europe jusqu'à la Manche, a coupé son AIS en août 2024, puis l'a réactivé 18 heures plus tard à la frontière des eaux belges, avant de disparaître pour réapparaître près de Saint-Pétersbourg.
Contraintes juridiques du droit maritime
Les possibilités d'arraisonnement sont strictement encadrées par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). En haute mer, le « droit de visite » (article 110) autorise à monter à bord d'un navire suspecté d'être sans nationalité ou d'arborer un pavillon illégitime. En cas d'incohérence, le navire peut être dérouté. Peu de marines sont techniquement capables d'arraisonner un tanker de plus de 200 mètres, comme l'a souligné l'amiral Vaujour en début d'année.



