Ferrero : les paradoxes et le secret d'un empire familial italien mondialisé
Ferrero : les paradoxes d'un empire familial italien

Ferrero : l'empire discret derrière le pot de Nutella de Giorgia Meloni

Qu'avait glissé dans sa valise la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni lors de sa visite officielle à Londres en avril dernier ? Un pot de Nutella, bien sûr, offert au roi Charles III qui a su apprécier ce présent symbolique. Ce geste diplomatique souligne le statut d'institution nationale de Ferrero en Italie, troisième confiseur mondial. Pourtant, derrière cette image de porte-étendard du capitalisme familial et du savoir-faire industriel transalpin, la multinationale aux trente-cinq marques cultive de nombreux paradoxes et un secret opiniâtre.

Une multinationale aux racines italiennes et aux sièges disséminés

Peu savent que les comptes de ce géant sont consolidés au Luxembourg, où son siège social est désormais officiellement installé. Giovanni Ferrero, le petit-fils du fondateur Pietro et seul maître à bord de l'empire, réside quant à lui à Bruxelles. Ses parents, Michele et Maria Franca, ont vécu à Monte-Carlo jusqu'à leur disparition. Cette dispersion géographique contraste avec l'ancrage italien affiché de la marque.

Un autre paradoxe réside dans la production : un quart des pots de Nutella consommés dans le monde sont fabriqués en Normandie, sur le site de Villers-Écalles près de Rouen. Cette usine produit également quotidiennement 2,7 millions de barres Kinder Bueno, représentant 20 % de la production globale de ce produit. Présent dans 170 pays, employant 50 000 personnes réparties sur 37 usines, le groupe maintient une culture du secret qui semble être sa marque de fabrique.

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La discrétion atavique des Ferrero

Jamais Giovanni Ferrero, 61 ans, l'actuel propriétaire et unique actionnaire, n'accorde d'entretien. Aucune photo privée ne circule, et ni lui ni ses proches n'ont participé au moindre événement mondain ou politique. Cette discrétion est atavique : le père de Giovanni, Michele, ne s'est confié qu'une seule fois dans les colonnes de La Stampa, exigeant que l'échange ne soit publié qu'après sa mort survenue en 2015.

Les richissimes Ferrero cultivent une austérité typiquement piémontaise, à l'image de la devise de leur fondation d'entreprise : "Travailler, créer, donner". Quand Giovanni Ferrero est convié par Emmanuel Macron au prestigieux événement Choose France qui regroupe la crème des grands patrons mondiaux, non seulement l'Italien décline l'invitation, mais il n'y dépêche pas non plus l'actuel dirigeant opérationnel, Lapo Civiletti, nommé en 2017. C'est son chargé des affaires publiques qui fera l'affaire, seul salarié assis parmi les grands crocodiles de la planète.

Une gestion familiale préservée malgré la taille mondiale

Non cotée en Bourse, la société communique très peu. Son chiffre d'affaires approcherait les 19,3 milliards d'euros, l'Allemagne serait son premier marché et les États-Unis son marché le plus prometteur. Quant aux marges, elles seraient généreuses, permettant à l'entreprise de continuer à être administrée comme l'ancienne pâtisserie familiale d'Alba.

Cette ville besogneuse du Piémont abrite toujours l'une des plus grosses usines du groupe ainsi qu'un centre de recherche et développement ultra-secret. Un autre centre R&D est basé à Chicago, témoignant de l'expansion internationale tout en maintenant une gestion opaques et centralisée. Ferrero incarne ainsi le paradoxe d'une multinationale mondialisée qui préserve jalousement les codes d'une entreprise familiale locale, entre tradition piémontaise et stratégie financière internationale.

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