La déferlante des fatbikes chinois inquiète les professionnels du cycle
Olivier Mouchebœuf, coordinateur de l'étude annuelle de l'Union des entreprises du sport et du cycle, tire la sonnette d'alarme concernant la mise en marché des vélos à assistance électrique (VAE) non conformes, particulièrement les fatbikes venus de Chine. Cette étude, qui sera présentée cette semaine, confirme la place grandissante de ces engins tout-terrain survitaminés sur le marché français.
Un marché inondé de produits dangereux
Les entreprises chinoises ont produit une quantité massive de fatbikes depuis la pandémie de Covid et déploient des stratégies commerciales ultra-agressives pour écouler leurs stocks. Ces vélos, vendus principalement sur Internet à des prix 30 à 40% inférieurs aux produits européens (entre 500 et 800 euros), inondent le marché européen avec des caractéristiques techniques non conformes.
"C'est comparable à l'ultra-fast-fashion dans le textile", explique Olivier Mouchebœuf, faisant référence aux géants comme Shein, Temu ou Boohoo. Les services des douanes françaises et européennes sont dépassés par ce phénomène, avec très peu de contrôles effectués sur ces importations.
Des risques majeurs pour la sécurité
Le problème principal réside dans la puissance excessive de ces engins. Alors que la réglementation européenne limite les VAE à 250 watts de puissance nominale maximale, de nombreux fatbikes chinois affichent des puissances de 750, 1 000, voire 2 000 watts, avec parfois des moteurs propulseurs dans chaque roue.
Les conséquences sont graves pour les utilisateurs :
- Les consommateurs achètent souvent sans réaliser qu'ils acquièrent du matériel non homologué
- En cas d'accident, les propriétaires ne sont pas couverts par leur assurance
- Certains suivent des tutoriels en ligne pour trafiquer leur compteur, aggravant les risques
- Les freins ne sont pas adaptés à des vélos pesant 30 à 40 kilos
"En cas de mort ou de blessé grave, l'assurance diligente une enquête. Si le produit a été modifié et qu'il dépasse les limites réglementaires, il n'y a aucune couverture", précise le spécialiste.
Un impact significatif sur le marché
Les fatbikes représentent désormais au moins 8% du marché des vélos à assistance électrique en France, avec des ventes principalement effectuées via des sites Internet étrangers. Ce phénomène touche particulièrement la France, mais la situation est encore plus préoccupante en Italie et en Grande-Bretagne.
À l'origine conçus comme un marché de niche nord-américain avec des roues adaptées à la neige, ces engins se sont transformés en produits de masse répondant à une pure logique de marketing. "Cette mode n'a aucun sens. C'est juste du marketing", critique Olivier Mouchebœuf.
Des parallèles inquiétants avec les trottinettes électriques
Le phénomène rappelle celui des trottinettes électriques, où les consommateurs achètent souvent sans conscience des risques. Les services hospitaliers tirent régulièrement la sonnette d'alarme face aux accidents impliquant ces engins circulant à plus de 50 km/h sur les espaces partagés.
Les problèmes sont multiples :
- Dangers accrus sur la voie publique
- Concurrence déloyale envers les fabricants européens
- Image ternie du vélo en général
À terme, Olivier Mouchebœuf craint que les autorités ne classent tous les vélos à assistance électrique dans la catégorie des cyclomoteurs, avec une immatriculation obligatoire qui pénaliserait l'ensemble du secteur.
Cette situation pose des questions fondamentales sur la régulation du marché, la protection des consommateurs et l'équité concurrentielle dans un secteur en pleine expansion mais confronté à des défis majeurs de sécurité et de conformité.



