CV et IA : les candidats utilisent surtout l'IA pour comprendre les recruteurs
CV et IA : les candidats décodent les recruteurs

Une inquiétude grandissante émerge parmi les candidats : ils ont le sentiment d'évoluer dans un recrutement piloté par des algorithmes qu'ils comprennent mal. Pour s'adapter, ils utilisent eux-mêmes des outils d'intelligence artificielle afin d'améliorer leur CV et mieux répondre aux attentes du marché.

CVDesignR analyse les usages de l'IA

Fondée en 2016 à Paris, la plateforme CVDesignR accompagne des millions d'utilisateurs dans la création de CV en ligne. Partenaire de France Travail, elle collabore également avec plus de 150 structures : missions locales, CFA, associations, collectivités ou encore écoles de commerce et d'ingénieurs. À partir de l'analyse de plus d'un million d'utilisations de fonctionnalités IA sur 250 000 candidats, CVDesignR observe des comportements bien différents des idées reçues souvent associées à l'intelligence artificielle dans le recrutement.

Les candidats utilisent surtout l'IA pour améliorer leur CV

Contrairement à une idée largement répandue, les candidats ne cherchent pas principalement à faire rédiger entièrement leur CV par une intelligence artificielle. La fonctionnalité la moins utilisée est justement celle permettant de générer un exemple de CV sur mesure à partir d'une offre d'emploi. Elle représente seulement 11 % des usages observés. À l'inverse, la fonctionnalité la plus utilisée est le scan ATS, qui représente 24 % des utilisations. Cet outil analyse la compatibilité d'un CV avec les ATS (Applicant Tracking Systems), les logiciels utilisés par les recruteurs pour classer et organiser les candidatures avant lecture humaine. Concrètement, les candidats importent leur CV, obtiennent des indications sur la lisibilité et la structuration de leur CV pour les logiciels de recrutement. Les suggestions de compétences représentent quant à elles 14 % des usages. Ces données montrent que les utilisateurs recherchent surtout des outils d'accompagnement et de compréhension des attentes du recrutement, davantage que des solutions de génération automatique.

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Des candidats actifs, pas passifs

Le score de compatibilité ATS moyen observé dans les analyses réalisées par CVDesignR est de 71/100. Mais le principal enseignement réside surtout dans les comportements observés après la première analyse. Dans la majorité des cas, les candidats modifient leur CV, réalisent une nouvelle analyse puis améliorent progressivement leur score. L'IA sert donc ici de support d'aide à la rédaction et d'outil pédagogique, plutôt que de substitut au candidat. Les étudiants utilisent particulièrement ce type d'outils. 27 % d'entre eux ont recours au scan ATS, contre 24 % pour l'ensemble des utilisateurs. Ils utilisent également davantage les fonctionnalités de génération de CV, notamment pour obtenir des exemples et mieux comprendre les codes du recrutement. Les données observées montrent toutefois qu'ils modifient ensuite largement les contenus proposés, signe d'une démarche d'apprentissage plus que d'une simple automatisation.

Le vrai problème : le manque de réponse aux candidatures

Si les candidats cherchent à optimiser leur CV, c'est aussi parce qu'ils évoluent dans un environnement qu'ils jugent souvent difficile à comprendre. Pour mesurer cette réalité, CVDesignR a conduit une expérimentation en conditions réelles : 1 000 candidatures ont été envoyées sur dix métiers différents, du data scientist au chauffeur-livreur, via plusieurs plateformes d'emploi françaises. Résultat : 698 candidatures n'ont reçu aucune réponse dans un délai de quatre semaines. Ce silence alimente fortement le sentiment que des « robots » bloquent automatiquement les candidatures. Pourtant, la réalité du fonctionnement des ATS est plus nuancée. En Europe, les décisions de recrutement entièrement automatisées sont strictement encadrées par le RGPD, notamment lorsqu'aucune intervention humaine réelle n'est prévue dans le processus. Dans la pratique, les ATS ne remplacent pas le recruteur : ils l'aident surtout à gérer des volumes de candidatures devenus difficiles. Le manque de réponse observé s'explique davantage par un volume élevé de candidatures et des équipes RH souvent saturées que par une suppression automatique des profils.

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Une relation candidats-recruteurs à rééquilibrer

C'est précisément sur cet écart entre perception et réalité que CVDesignR développe également ses solutions de recrutement via TalentPicker. L'objectif est de réduire le volume de candidatures inadaptées côté recruteurs, tout en améliorant la visibilité et les retours apportés aux candidats. L'étude menée par CVDesignR montre finalement une réalité plus mesurée que les discours souvent associés à l'intelligence artificielle dans l'emploi. Les candidats utilisent principalement l'IA pour mieux comprendre les attentes des recruteurs et adapter leur candidature, davantage que pour contourner ou automatiser entièrement le processus. La question qui se pose aujourd'hui n'est donc peut-être pas de savoir si un CV a été aidé par l'IA, mais plutôt comment améliorer la transparence et les échanges entre candidats et recruteurs. L'IA devient moins un outil de contournement qu'un moyen, pour les candidats, de décoder un recrutement devenu plus complexe et plus opaque.

Contenu conçu et proposé par Le Point Services. La rédaction n'a pas participé à sa réalisation.