L'économie française sur une ligne de crête face au choc de la guerre au Moyen-Orient
Le baril de pétrole flambe, les taux d'intérêt grimpent et l'inquiétude monte dans l'Hexagone. Depuis plusieurs semaines, une question cruciale hante les esprits : l'économie française peut-elle résister au choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient ? Ou allons-nous plonger dans une terrible stagflation qui ruinerait davantage le pays ?
Si l'on en croit la note de conjoncture de l'INSEE, intitulée « Inflation ravivée, croissance fragilisée » et publiée ce mardi 24 mars, l'économie française peut tenir le choc pour le moment. Mais elle se trouve sur une ligne de crête particulièrement étroite, selon les prévisions officielles de l'institut statistique.
Des prévisions de croissance modérées mais résilientes
Selon les dernières estimations de l'INSEE, la France devrait enregistrer à la mi-2026 un acquis de croissance de 0,9%. Ce chiffre représente certes moins que ce qui était initialement attendu (1%), mais il équivaut à la croissance prévue sur l'ensemble de l'année 2025. En ces temps économiques sombres, cette prévision peut sembler optimiste, mais elle repose sur plusieurs arguments solides.
Première explication : la conjoncture économique se portait plutôt bien avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. « En 2025, malgré les vents contraires des droits de douane américains et de la concurrence chinoise, l'Europe avait enclenché la reprise », décrit Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l'INSEE. L'ensemble des enquêtes de conjoncture étaient « plutôt encourageantes » jusqu'à la fin du mois de février dernier.
Le pouvoir d'achat sous pression
Deuxième explication : même si la flambée des cours du pétrole va propulser l'inflation à 2% d'ici la mi-année, l'INSEE mise sur l'hypothèse d'une transmission modérée du choc énergétique à l'économie française. L'impact ne sera évidemment pas neutre : une telle hausse des coûts d'approvisionnement représente une ponction de 0,5 point de PIB, comprimant simultanément :
- Le pouvoir d'achat des ménages français
- Les marges bénéficiaires des entreprises
- La croissance économique globale du pays
Mais l'impact devrait rester contenu selon les experts. « Cette brusque remontée de l'inflation proviendrait pour l'essentiel des effets directs sur les prix de l'essence et du gaz de chauffage, et ne contaminerait pas encore les autres secteurs à l'horizon de notre prévision, sauf dans le transport aérien, où le kérosène constitue une part importante des coûts », explique Dorian Roucher.
Les mécanismes de résilience de l'économie
L'INSEE s'attend à ce que les Français, privés de hausses de salaires significatives pour le moment, puisent dans leur épargne pour faire face à ce choc énergétique. Cette situation s'explique d'autant plus que le marché de l'emploi devrait rester morose, avec un taux de chômage attendu à 8,1% d'ici la mi-année.
Autres motifs de résilience identifiés par l'institut :
- L'investissement privé devrait conserver son élan malgré le contexte difficile
- Les exportations françaises devraient rester dynamiques, notamment grâce au secteur aéronautique et de défense
- La solidité relative des fondamentaux économiques avant le conflit
Un scénario optimiste mais fragile
Selon l'INSEE, l'impact réel du conflit au Moyen-Orient se fera plutôt sentir à partir de l'été prochain, puis tout au long de l'année suivante. Ce scénario plutôt optimiste demeure toutefois extrêmement fragile : il repose sur l'hypothèse d'un baril de pétrole autour de 100 dollars jusqu'en juin prochain.
Une intensification du conflit et la destruction de nombreuses capacités de production pétrolière propulseraient encore les prix de l'énergie vers le haut, accentuant considérablement la pression sur l'économie française. L'expérience de 2022 est également à garder en mémoire selon les experts.
« Quand les choses s'emballent, les entreprises, les industriels et les commerçants peuvent passer très rapidement aux hausses de prix et, côté ménages, ceux-ci peuvent adapter promptement leurs dépenses », rappelle Dorian Roucher. Un rappel qui n'est pas catastrophiste, mais qui invite à la plus grande prudence dans ce contexte économique incertain.



