Les vagues scélérates, des monstres marins bien réels
Une vague géante, trois fois plus haute que les autres. Depuis des siècles, ces phénomènes aquatiques peuplent les récits des marins, souvent considérés comme des légendes. Les technologies modernes prouvent aujourd'hui que ces "vagues scélérates" existent bel et bien, comme l'explique le commandant Emmanuel Delran, directeur du centre de gestion de la flotte de CMA CGM.
Une vigie high-tech au sommet de Marseille
Scrutant un écran de la taille d'un mur, lui et ses collègues surveillent en temps réel les 738 navires opérés par le groupe, ainsi que les phénomènes météorologiques. Cette tour de contrôle, perchée au sommet de l'immense tour CMA CGM - légèrement moins haute que Notre-Dame de la Garde - constitue un poste d'observation stratégique.
Le système d'alerte Octopus ne signale pas la présence d'un kraken mythique, mais celle d'un phénomène tout aussi dangereux : le roulis paramétrique. Ce phénomène survient lorsque les vagues entrent en résonance avec le mouvement naturel d'un navire, chaque oscillation devenant plus violente que la précédente jusqu'à menacer sa stabilité.
"Notre système permet de détecter ce phénomène précocement et d'alerter l'équipage, qui effectue alors des manœuvres spécifiques pour stopper ce cycle dangereux", précise le commandant Delran.
L'optimisation des trajets pour réduire l'impact environnemental
Grâce à l'essor des constellations Internet en basse orbite comme Eutelsat ou Starlink, les navires reçoivent un flux croissant d'informations. Cependant, ils ne peuvent traiter autant de données que les infrastructures terrestres.
À l'arrière de la salle de contrôle, des serveurs croisent et analysent en permanence les flux de données. La mission principale du centre est d'établir des trajets qui protègent simultanément :
- L'équipage
- Le navire
- Les marchandises transportées
Lorsqu'un cyclone menace de croiser la route d'un bateau, celle-ci est immédiatement recalculée. Le système analyse ensuite les courants porteurs et scanne les plannings des ports pour optimiser le trajet final.
Cette optimisation permet de réduire significativement les émissions carbone. Un navire qui arrive trop tôt et ne trouve pas de place doit s'arrêter puis redémarrer, générant bien plus de CO2 qu'en modérant simplement sa vitesse.
La course technologique dans le transport maritime
Cette tour de contrôle constitue l'un des maillons d'un vaste écosystème technologique que Rodolphe Saadé, le patron de CMA CGM, développe patiemment. L'innovation transforme profondément les marchés où l'armateur réalise 54,4 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel.
La Chine a déjà compris l'enjeu stratégique. "À Shanghai, premier port mondial en volume, les terminaux sont désormais entièrement robotisés", souligne Adrien Thiébault, associé au cabinet Wavestone. Des grues autonomes, des véhicules sans conducteur et des systèmes de chargement automatisés fonctionnent 24 heures sur 24.
Avec 10,6 % des parts de flotte mondiale, le chinois Cosco reste derrière plusieurs concurrents :
- Le français CMA CGM (12,7 %)
- Le danois Maersk (14,3 %)
- Le numéro un italo-suisse MSC (20,2 %)
Mais le rival asiatique a plongé tête baissée dans le grand bain de l'intelligence artificielle. En 2025, il a dévoilé un grand modèle de langage (LLM) entraîné sur ses données internes, marquant une nouvelle étape dans la course à l'innovation technologique dans le secteur maritime.
Cette révolution technologique s'étend bien au-delà de la Méditerranée, touchant des zones stratégiques comme le détroit de Bab-el-Mandeb et le détroit d'Ormuz, où la sécurité et l'efficacité des navigations sont plus cruciales que jamais.



