Air Canada perd son PDG dans une tempête linguistique
Le conseil d'administration d'Air Canada a annoncé ce lundi le départ prochain de son directeur général, Michael Rousseau. Ce dernier quittera ses fonctions d'ici fin septembre, mettant un terme à cinq années à la tête de la compagnie aérienne. Cette décision intervient dans un contexte de vives critiques concernant sa maîtrise insuffisante de la langue française.
Un message de condoléances qui enflamme les débats
La polémique a éclaté après la diffusion d'un message vidéo de Michael Rousseau suite à un tragique accident survenu le 22 mars à l'aéroport LaGuardia de New York. Un véhicule de secours a percuté un appareil opéré par Jazz Aviation pour le compte d'Air Canada, provoquant la mort du pilote et du copilote, ainsi que plusieurs blessés.
Dans sa déclaration, le PDG d'Air Canada s'est exprimé quasi exclusivement en anglais pour présenter ses condoléances, suscitant l'indignation de nombreux élus canadiens. Le Premier ministre Mark Carney lui-même s'est dit « très déçu » par cette communication, estimant que Michael Rousseau avait « manqué de jugement et de compassion ».
Des excuses et des tensions persistantes
Le dirigeant a reconnu ses difficultés linguistiques, expliquant que malgré « de nombreuses leçons [de français] sur plusieurs années », il restait « dans l'incapacité de [s'] exprimer en français de façon adéquate ». « Je présente mes sincères excuses pour cela », a-t-il déclaré, tout en assurant poursuivre ses efforts d'apprentissage.
Cette controverse illustre les tensions profondes autour de la place du français au Canada. Alexandre Pronkin, membre du conseil exécutif national du Parti québécois, a réagi sur X : « Michael Rousseau quitte Air Canada. Très bien. Mais le scandale est plus grand ». Il a dénoncé des ministres fédéraux qui « répondent en anglais à des questions posées en français ».
Une exigence linguistique « non négociable »
La semaine dernière, l'Assemblée nationale du Québec avait adopté à une large majorité une motion réclamant la démission du PDG âgé de 68 ans. Jean-François Roberge, ministre de la Langue française au Québec, a salué cette décision : « Michael Rousseau n'avait pas d'autre choix que de quitter son poste. La décision s'imposait ».
Le ministre a particulièrement insisté sur la capacité à communiquer en français comme critère « non négociable » pour le successeur. Air Canada a confirmé que son conseil d'administration prendrait en compte cette compétence linguistique dans l'évaluation des candidats.
Un précédent et des difficultés économiques
Ce n'est pas la première fois que Michael Rousseau suscite la controverse linguistique. En novembre 2021, il avait déjà choqué avec une allocution presque uniquement en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Parallèlement à ces tensions, Air Canada traverse des difficultés économiques. Depuis la prise de fonction de Michael Rousseau en février 2021, l'action de la compagnie a chuté de 27% à la Bourse de Toronto. Si le groupe est resté profitable en 2025, ses bénéfices et marges ont fondu tandis que son chiffre d'affaires stagnait.
Le conseil d'administration travaille depuis deux ans à un plan de succession et a commencé en janvier à rechercher des profils pertinents en dehors de la compagnie. Le départ de Michael Rousseau marque ainsi un tournant pour Air Canada, à la croisée des enjeux linguistiques, politiques et économiques.



