Le constructeur automobile Stellantis a annoncé ce mardi 19 mai la production, à partir de 2028 en Italie, de petites voitures électriques bon marché baptisées "e-cars". Ce projet vise le segment des mini-citadines et promet de révolutionner le marché européen des véhicules électriques abordables.
Un retour aux mini-citadines abordables
Ces "e-cars", qui sortiront sous "plusieurs marques" du groupe, seront fabriquées à Pomigliano d’Arco, près de Naples, dans une usine ayant notamment produit la Fiat Panda. Ce serait un retour des mini-citadines abordables qui ont fait le succès de l’industrie automobile européenne, jusqu’à ce que les constructeurs européens, Stellantis en tête, ne privilégient des modèles plus chers.
Le groupe aux quatorze marques (Peugeot, Citroën, Fiat, Opel, Jeep…), qui a perdu des parts de marché en Europe depuis quatre ans, mise sur ces modèles pour reconquérir les consommateurs européens et promet un "design innovant" et "des technologies électriques de pointe".
Du retard sur Renault
Distancé jusqu’ici par Renault, qui depuis 2024-2025 lance des voitures électriques plus abordables, comme la Twingo sortie en avril, Stellantis cherche à reprendre la main en "tapant plus bas", résume Bernard Jullien, maître de conférences à l’Université de Bordeaux et expert du secteur automobile.
"La e-car est un véhicule électrique, compact, innovant et abordable, développé dans la tradition européenne de la mobilité pour tous. Elle répond à la contraction sans précédent du segment des petites voitures abordables en Europe ces dernières années", a expliqué le directeur général de Stellantis, Antonio Filosa.
Cette initiative permettra aussi au groupe italo-franco-américain de répondre aux exigences de l’Union européenne, qui impose aux constructeurs automobiles un pourcentage croissant de voitures électriques dans leurs ventes en Europe. Bruxelles avait annoncé fin 2025 que le décompte serait plus favorable pour les petites voitures électriques bon marché produites en Europe.
Baisse des prix sur le marché
Il y a encore deux ans, rares étaient les modèles électriques vendus moins de 20 000 euros en Europe, et encore moins ceux produits sur place. Mais depuis quelques mois, sous l’effet des rabais accrus et des primes à l’achat, plusieurs modèles se vendent sous les 15 000 euros, le nouveau Graal du marché.
Renault a sorti dès 2024 sa R5 électrique, proposée en France autour de 25 000 euros une fois déduite la prime à l’achat, ce qui était déjà une nouveauté, avec une version plus basique autour de 20 000 euros. Le groupe est allé plus loin avec sa Twingo électrique, fabriquée en Slovénie, sortie cette année autour de 15 000 euros primes et rabais déduits.
Face à Renault, Stellantis a lancé mi-2024 une Citroën e-C3 électrique, fabriquée elle en Slovaquie, à environ 20 000 euros mais qui peut descendre autour de 13 000 euros primes et remises déduites. Le groupe a aussi lancé l’an dernier une Fiat Panda électrique, fabriquée en Serbie, à un prix similaire. Stellantis distribue en outre la petite T03 électrique de son partenaire chinois Leapmotor, qui cartonne dans l’UE grâce à un prix catalogue sous les 20 000 euros. Grâce à une prime exceptionnelle, elle s’était arrachée en Italie à moins de 5 000 euros.
"Taper plus bas"
"L’idée est visiblement de taper plus bas que les modèles actuels, avec un prix catalogue de 10 000 à 15 000 euros. Ce qui implique un prix de production de moitié si vous voulez pouvoir faire des remises", selon M. Jullien. Stellantis espère vendre de grandes quantités et ainsi regagner des parts de marché, selon lui.
"Il y a comme une inversion de positions entre Renault et Stellantis, qui reprend le discours des Kei cars japonaises", ces minis-voitures électriques "très bon marché", ajoute l’expert. "Le groupe vise le segment A", les plus petites voitures d’Europe, qui avaient presque disparu des catalogues, analyse-t-il, en citant l’exemple des Peugeot 101 et 108 des années 2010, vendues à environ 10 000 euros.
"Il est intéressant de voir un constructeur s’engager fermement dans cette voie, ce que n’ont pas fait les autres", conclut Bernard Jullien.



