Le projet Gila divise la commune de Cubnezais
Le gestionnaire du réseau électrique RTE se retrouve une nouvelle fois au cœur d'une controverse à Cubnezais. Après le projet Gascogne d'interconnexion avec l'Espagne, c'est désormais le projet Gila, lancé en 2024, qui suscite des tensions dans cette commune. Ce nouveau projet vise à créer une liaison électrique de 400 kilomètres entre la Gironde et la Loire-Atlantique, avec pour objectif de raccorder les futurs parcs éoliens en mer, notamment au large de l'île d'Oléron.
Un choix de site qui fait débat
La présence d'un poste électrique existant de 400 000 volts à Cubnezais a influencé le choix de RTE. Deux autres sites avaient initialement été envisagés à Braud-et-Saint-Louis et au Marquis (Ambès), mais le premier se situe en zone inondable et le second en zone Natura 2000, conduisant l'entreprise à se tourner vers Cubnezais.
Sur la commune, trois emplacements potentiels ont été étudiés, tous à moins de 5 kilomètres du poste électrique existant. C'est finalement une parcelle de pins de 18 hectares appartenant à la municipalité qui a été retenue. « Ce site présente le meilleur compromis en termes de proximité avec le poste de Cubnezais, d'enjeux environnementaux et de gêne potentielle pour les riverains », justifie RTE, précisant qu'il s'agit de pins de culture à maturité, partiellement endommagés par un incendie.
L'opposition des habitants
Cette explication ne convainc pas tous les résidents. Thierry Faureau et d'autres habitants dénoncent une « destruction gratuite et inutile » motivée par des « intérêts financiers ». Ils décrivent cette forêt comme un espace naturel précieux où l'on peut observer sangliers, chevreuils et salamandres, et qui sert de lieu de promenade familial prisé.
« Nous voulons préserver ce coin de nature. Pourquoi ne pas s'installer sur des terres viticoles abandonnées plutôt que de détruire cette forêt ? », interrogent-ils. Une pétition sur la plateforme Greenvoice a déjà recueilli 232 signatures contre le projet.
Les opposants reprochent également au maire, Jean-Luc Desperiez, un manque de transparence, affirmant que des carottages ont été réalisés dans la forêt sans consultation et qu'aucune décision n'a été officiellement prise en conseil municipal.
La défense du maire et de RTE
Le maire conteste ces accusations. « Le projet existe depuis 2024 et une réunion publique s'est tenue le 3 avril dernier avec la présence de RTE », affirme-t-il. Il mentionne également une réunion du 16 décembre avec le préfet où le projet, à la fois souterrain et sous-marin, a été validé.
RTE confirme que les préfets de Loire-Atlantique et de Nouvelle-Aquitaine ont réuni tous les acteurs concernés (élus, associations environnementales, professionnels de la pêche, de l'agriculture et de la sylviculture), et que « ceux-ci ont donné leur accord à l'unanimité ».
Jean-Luc Desperiez tempère cependant les craintes environnementales : « Sur les 18 hectares, seuls huit seront concernés. Des aménagements paysagers masqueront les deux bâtiments de 20 mètres de haut, et la promenade restera possible ». Il évoque également des compensations, dont l'achat de terrains pour créer des zones humides.
Un projet encore en suspens
Le maire rappelle que le projet n'a pas encore démarré, étant lié aux études sur les parcs éoliens prévus au large des îles d'Oléron et de Ré. « Aujourd'hui, rien n'a été décidé puisque l'État veut un moratoire sur les énergies renouvelables », précise-t-il.
RTE annonce cependant la poursuite des consultations sur le projet Gila cette année, notamment concernant l'insertion des constructions dans l'environnement. La parcelle de pins de Cubnezais bénéficie donc d'un sursis, mais la polémique illustre les tensions croissantes entre développement des infrastructures énergétiques et préservation des espaces naturels.



