L'effet papillon des tensions géopolitiques sur le marché pétrolier
Le marché pétrolier est extrêmement sensible aux tensions géopolitiques. Chaque conflit qui éclate se répercute immédiatement sur le prix du baril. Cette sensibilité est encore plus marquée lorsque la guerre touche le Moyen-Orient, principale zone de production d'or noir dans le monde. Après le déclenchement des frappes israélo-américaines en Iran samedi, le prix du baril de Brent a grimpé de près de 10 dollars ce week-end, frôlant les 80 dollars ce lundi matin. Alors que le conflit se généralise et pourrait embraser toute la région, la question se pose : va-t-on tout droit vers un nouveau choc pétrolier ? Sylvain Bersinger, économiste au cabinet Asterès, nous livre son analyse détaillée.
Une flambée des cours qui pourrait se prolonger
Le cours du pétrole flambe depuis ce week-end. Cette hausse va-t-elle durer ? Le contexte reste très incertain, mais on peut affirmer sans se tromper que le prix du baril va continuer de s'envoler dans les prochains jours. On pourrait rapidement grimper à 100 dollars, voire jusqu'à 150 dollars. La même tendance est attendue pour le gaz. Tout dépendra finalement de la durée de ce conflit, une variable que personne ne maîtrise actuellement. Mais aussi, et c'est lié, de la durée du blocage du détroit d'Ormuz, que les autorités iraniennes menacent de fermer.
Le détroit d'Ormuz, une artère stratégique cruciale
Pourquoi cet axe est-il si stratégique ? C'est une artère cruciale pour le transport d'hydrocarbures. C'est par là que transite chaque jour 20 % de la production mondiale de pétrole. Cela inclut la production de l'Iran, qui extrait quotidiennement trois millions de barils, mais aussi la quasi-totalité de la production du Koweït, du Qatar, des Émirats arabes unis, de l'Irak et de l'Arabie saoudite. Si le blocage perdure, les conséquences sur le commerce mondial de pétrole et de gaz liquéfié seront donc très importantes.
Un risque réel de choc pétrolier à l'horizon
Avec un risque d'un nouveau choc pétrolier ? Il y a en effet un vrai risque de choc pétrolier si ce blocage perdure. Si cela ne dure que quelques jours, le prix du baril grimpera mais redescendra rapidement, sans trop d'incidences. Cela avait été le cas par exemple lors de la première guerre du Golfe en 1990, quand le prix du baril avait explosé mais seulement pendant un mois. Il était ensuite vite redescendu, évitant ainsi un choc inflationniste majeur. Tout dépend donc de la durée pendant laquelle le prix du baril va rester élevé. Il faudra aussi surveiller si des infrastructures pétrolières sont visées par des attaques et évaluer l'ampleur des dégâts potentiels.
Impact sur les prix à la pompe : une augmentation progressive
Les prix vont-ils flamber directement à la pompe ? Il n'y a pas de risque immédiat de pénurie, car il existe des stocks suffisants. Mais mécaniquement, les prix de l'essence à la pompe vont augmenter. Pas instantanément, car cela met généralement deux ou trois semaines à se matérialiser. On peut donc s'attendre à une augmentation des prix vers la fin mars, et il faudra observer l'évolution pour la suite. La situation reste volatile, et les consommateurs doivent se préparer à des ajustements dans les semaines à venir.



