PPE3 : les cinq mythes qui entourent la politique énergétique française
PPE3 : les cinq mythes de la politique énergétique française

La PPE3 enfin publiée : une vision énergétique à la « Emily in Paris »

La troisième Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE3) vient d'être officiellement publiée. Si vous avez apprécié la série Emily in Paris, vous serez séduit par la version concoctée par Matignon : Energy in Paris. La PPE3 ressemble en effet au Paris de la jeune Américaine : tout semble simple, élégant, presque chorégraphié. Une transition fluide, des coûts maîtrisés, une demande électrique promise à un avenir radieux. Malheureusement, les données racontent une histoire radicalement différente. Retour sur les cinq mythes majeurs qui polluent actuellement le débat énergétique français.

Mythe n° 1 : la consommation d'électricité va exploser massivement

La PPE nous promet que 35 % de l'énergie consommée en 2035 sera de l'électricité bas-carbone, contre 27 % aujourd'hui. Ce retournement est spectaculaire alors que la consommation d'électricité a régressé depuis dix ans. Cette baisse s'explique par une meilleure efficacité du réseau, ce qui est positif, mais surtout par la désindustrialisation et l'augmentation des prix. Parier sur une explosion relève davantage de la narration que de l'analyse des tendances réelles.

Mythe n° 2 : les Français sont indifférents aux prix de l'électricité

Cette vision d'une explosion de la consommation repose sur une autre légende tenace : la demande d'électricité serait, comme le disent les économistes, inélastique au prix. En clair, les Français ne modifieraient pas leur consommation en fonction des tarifs. Rien n'est plus faux. La crise énergétique de 2022 a profondément ébranlé la confiance des ménages dans la stabilité et la prévisibilité des prix de l'électricité. Ironie de l'histoire, les Français sont désormais moins inquiets du prix de l'essence, pourtant soumis aux soubresauts géopolitiques, que de ceux de l'électricité. Cette dernière n'est plus une évidence bon marché mais une ligne budgétaire incertaine, ce qui freine les investissements comme le remplacement des chaudières à gaz par des pompes à chaleur.

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Mythe n° 3 : la PPE3 garantira des prix durablement bas

C'est ici que réside l'un des angles morts les plus surprenants des annonces gouvernementales. Sans une dynamique robuste de la demande, le résultat est assuré : surcapacités, coûts fixes croissants, tensions sur les prix. Multiplier les investissements de production sans débouchés revient à fragiliser l'équilibre économique du système et, in fine, à renvoyer la facture vers le consommateur. La question des coûts reste d'ailleurs dans le flou. La transition avance dans une opacité relative où l'addition globale peine à être explicitée. À l'heure des contraintes budgétaires, la soutenabilité et la transparence financières devraient constituer la première grille de lecture, et non une variable d'ajustement tardive.

Mythe n° 4 : un nouveau nucléaire à 100 €/MWh serait anodin

Demandez aux industriels ce qu'ils en pensent. Le parc existant, qui produit presque deux fois moins cher, constitue l'un des rares avantages compétitifs français. Renchérir ce socle revient à fragiliser l'atout que l'on célèbre par ailleurs du côté d'entreprises comme ArcelorMittal. Toutes les civilisations sont mortelles, et ce qui fut naguère l'hégémonie nucléaire française l'est aussi. La compétitivité du nucléaire historique ne doit pas être sacrifiée sur l'autel de nouveaux projets aux coûts incertains.

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Mythe n° 5 : la France peut subventionner sans compter

L'annonce conjointe d'un grand plan d'électrification associé à cette PPE par le Premier ministre est censée régler le problème de l'atonie de la demande. Or, l'électrification ne se décrète pas, même à coups de milliards. Elle dépend d'arbitrages économiques rationnels : prix relatifs, visibilité réglementaire, confiance dans la trajectoire des coûts. Soutenir à grands frais l'achat de véhicules électriques (souvent importés) ou la rénovation thermique est financièrement intenable à long terme. Seule l'industrie peut enclencher une reprise durable de la demande électrique et amortir les investissements engagés. Fiscalité, coûts de production, stabilité normative : tels sont les paramètres qui pèseront bien davantage sur la trajectoire électrique. Le grand dessein d'électrification se jouait en réalité dans le projet de loi de finances pour 2026, pas dans un plan ad hoc.

Une transition énergétique entre fiction et réalité

Derrière ces mythes, une constante persiste : la tentation d'une transition décrite comme linéaire et indolore. Pourtant, l'énergie reste un monde d'inerties physiques, d'arbitrages économiques sévères et de temporalités longues. Rendez-vous en 2027. Espérons qu'à cette échéance, la politique énergétique quittera l'univers d'Emily in Paris pour rejoindre celui, moins glamour mais infiniment plus instructif, de The Wire : complexe, rugueux, et obstinément attaché au réel.

Cécile Maisonneuve est fondatrice de Decysive et conseillère auprès du centre Énergie et Climat de l'Ifri.