La PPE 3 officialisée : un soulagement pour les énergies renouvelables malgré des freins
PPE 3 : soulagement pour le renouvelable mais freins persistants

La PPE 3 enfin officialisée après trois ans d'attente

Très attendue par l'ensemble des acteurs du secteur énergétique français, la troisième programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE 3) a finalement été officialisée par le gouvernement le 13 février, après deux réécritures successives. Cette feuille de route étatique, qui doit guider les investissements jusqu'à l'horizon 2035, a pour mission fondamentale de répondre aux enjeux de souveraineté énergétique et de décarbonation de la France, dans la perspective d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

Un soulagement pour un secteur en souffrance

La publication de cette nouvelle PPE intervient alors que les acteurs français de l'éolien et du solaire, qui représentent à eux seuls 40 000 emplois directs, traversaient une période particulièrement difficile. Jean-Yves Grandidier, président de Valorem et pionnier des énergies renouvelables, témoigne : « On dit beaucoup de choses sur cette programmation, mais ce que je ressens, c'est d'abord du soulagement. Avec cette PPE, nous gagnons en visibilité sur nos activités. »

Le dirigeant, dont l'entreprise basée à Bègles en Gironde compte 360 collaborateurs, ne cache pas que Valorem, comme d'autres acteurs du renouvelable, souffrait de la situation actuelle et du flou qu'elle générait, avec un impact direct sur les embauches et l'emploi. Depuis plusieurs mois, le secteur faisait face à une quasi-suspension temporaire d'activité, entraînant parfois des fermetures de sociétés et des destructions d'emplois.

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Des orientations contrastées pour les différentes énergies

Que retenir de cette PPE 3 officialisée par décret ? Pour résumer, cette nouvelle programmation présente un visage contrasté : elle relance et accélère le nucléaire et l'éolien offshore, mais freine simultanément le déploiement de l'éolien terrestre et du photovoltaïque.

Concernant l'éolien terrestre, la France doit passer de 24 GW installés aujourd'hui à 31 GW en 2030, avec une production d'énergie renouvelable qui devrait augmenter de 200 TWh à 205 TWh sur la même période. Cependant, Jean-Yves Grandidier souligne une importante réserve : « Cette programmation pourrait être revue en 2027 à l'issue de l'élection présidentielle. Le Premier ministre Lecornu a évoqué une clause de revoyure en 2027. »

Le stockage, grand absent de la programmation

L'expert des énergies renouvelables regrette particulièrement un grand absent de la programmation actuelle : « Il n'y a presque rien sur la batterie. Elle est évoquée mais pas objectivée. Or, le stockage, c'est l'enjeu-clé pour la décarbonation et pour le nucléaire. »

Selon lui, une politique ambitieuse de stockage à grande échelle de l'électricité réglerait une grande partie des problèmes de raccordements, qui obligent actuellement à attendre quatre à cinq ans après l'obtention d'un permis de construire pour raccorder un nouveau parc. « Une politique batterie ambitieuse, ce serait la possibilité de stopper les prix négatifs, stocker les électrons de notre production excédentaire et de les vendre à bon prix aux pays voisins lors des pics de consommation », explique-t-il.

Le stockage, clé de la durabilité du parc nucléaire

Jean-Yves Grandidier voit dans le stockage massif de l'électricité le meilleur moyen de préserver le parc nucléaire français : « Aujourd'hui, faute de capacité de stockage, quand nous sommes en surproduction, ce sont les centrales nucléaires qui sont freinées dans leur production. Or, les centrales ne sont pas faites pour servir de variable d'ajustement. Moduler leur production parce que nous sommes en situation de surproduction, c'est accélérer leur usure, limiter leur durée de vie. Il vaut mieux stocker l'énergie des parcs éoliens ou photovoltaïques. »

Repowering des éoliennes : une solution limitée

Le président de Valorem remet également en cause un autre choix de la PPE concernant les éoliennes. Alors que le gouvernement met en avant le repowering (remplacement des turbines actuelles par des modèles plus efficaces) comme stratégie pour éviter d'installer de nouveaux parcs, Jean-Yves Grandidier estime que cette approche « relève de la pensée magique ».

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Pour atteindre 50 GWh de production à l'horizon 2050, il préconise plutôt de « faire sauter un plafond de verre : autoriser des éoliennes de plus de 200 mètres de hauteur en bout de pale. Ce changement de réglementation permettrait la mise en service d'éoliennes beaucoup plus efficaces, et donc de limiter le nombre de machines nécessaires ! »

Le cofondateur de l'association France Energie Eolienne espère que la question du stockage sera au cœur du prochain plan d'électrification, baptisé « Plan Messmer 2 » par le Premier ministre et qui doit être présenté au mois d'avril. Pour les acteurs des énergies renouvelables, cette PPE 3 marque donc une étape importante, mais incomplète, dans la transition énergétique française.