La PPE 2026 : un pari nucléaire risqué au détriment des énergies renouvelables
PPE 2026 : le nucléaire prime, les renouvelables freinées

La PPE 2026 enfin dévoilée : un cadre énergétique en demi-teinte

Après deux ans et demi d'attente, la troisième Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE3) a été publiée par le gouvernement. Yves Marignac, expert en nucléaire et porte-parole de l'association negawatt, en livre une analyse critique. Si cette PPE permet de débloquer rapidement des appels d'offres pour de nouveaux projets éoliens et photovoltaïques, un soulagement pour les filières renouvelables, elle reflète surtout l'équilibre politique actuel, peu cohérent et insuffisamment aligné sur les objectifs à long terme de la stratégie française énergie-climat.

Des objectifs ambitieux mais irréalistes

La PPE annonce une réduction de la part des énergies fossiles, passant de plus de 60 % aujourd'hui à 40 % en 2030 et 30 % en 2035, tandis que les énergies décarbonées (nucléaire et renouvelables) devraient augmenter de 40 % à 60 % puis 70 %. Cet objectif, bien que louable pour la décarbonation et la souveraineté, est jugé inatteignable dans un délai aussi court. Convertir 20 % du système énergétique en quatre ans est physiquement et économiquement irréaliste. Les leviers pour tendre vers cet objectif sont connus : la sobriété et l'efficacité énergétique pour maîtriser la demande, et le développement des énergies renouvelables pour remplacer les fossiles.

Sur la maîtrise de la demande, la PPE vise une baisse de 18 % de la consommation d'énergie finale d'ici 2030 et 27 % d'ici 2035. Malheureusement, elle reconnaît que les mesures existantes sont insuffisantes sans en proposer de nouvelles, laissant un vide opérationnel. En revanche, sur le développement des renouvelables, la PPE manque d'ambition. Elle impose un coup de frein au photovoltaïque et un arrêt quasi-total pour l'éolien terrestre, alors que ces filières représentent 95 % des nouvelles capacités installées mondialement et sont les plus compétitives et rapides à déployer.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le nucléaire, priorité absolue et problématique

La PPE se montre particulièrement ambitieuse et opérationnelle sur le nucléaire, avec trois axes majeurs. Premièrement, elle projette une augmentation de la production nucléaire d'ici 2030, de +60 à +100 TWh, dépassant celle des renouvelables (+68 TWh). Cette hausse n'est pas garantie de façon pérenne, comme le montrent les variations annuelles passées, notamment la chute à 279 TWh en 2022 due à des incidents de sûreté.

Deuxièmement, la PPE acte la prolongation de l'ensemble des réacteurs à cinquante puis soixante ans, revenant sur les projections de fermetures précédentes. Cette décision n'est ni acquise ni raisonnable : l'Autorité de Sûreté Nucléaire n'a pas encore statué, et EDF n'a réalisé qu'un tiers des investissements nécessaires. Anticiper la décroissance du parc est essentiel pour éviter un vieillissement dangereux.

Troisièmement, la PPE confirme la construction de 6 réacteurs EPR2, avec 8 en option, en s'appuyant sur un devis de 2021 à 51,7 milliards d'euros, largement dépassé, et un prix garanti de 100 €/MWh, le double de ce que demande l'industrie. Cela soulève des questions sur la compétitivité et le soutien financier de l'État.

Un dilemme énergétique non résolu

La PPE dessine un pays tiraillé entre la préservation à tout prix de l'héritage nucléaire, comparée à un « mal hollandais » français, et la nécessité de maîtriser la demande et de développer les renouvelables. Le gouvernement s'enferme dans une équation insoluble, opposant nucléaire et renouvelables, et n'autorisant la croissance de ces derniers que si la demande électrique explose, ce qui est incompatible avec les objectifs de soutenabilité.

En misant sur des hypothèses optimistes pour le nucléaire plutôt que de tirer pleinement parti du potentiel éolien et photovoltaïque, la France n'a pas encore choisi entre un retour au « tout nucléaire, tout électrique » du siècle dernier et un avenir décarboné dominé par les renouvelables. Cette tribune, rédigée par Yves Marignac, un expert extérieur, offre un point de vue critique sur les lacunes de la PPE 2026.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale