Orange tourne la page du cuivre après 50 ans : le central téléphonique de Pau, symbole d'une révolution
Orange s'apprête à tirer un trait sur cinq décennies d'une histoire qui a profondément transformé la téléphonie française et facilité l'accès à internet des ménages. La fermeture progressive des lignes cuivre devenues obsolètes au profit de la fibre optique marque la fin d'une époque technologique.
Un bâtiment vide au cœur de Pau
Au cœur de Pau, un très grand bâtiment sonne désormais creux. Le parking est vide, pourtant les traces d'emplacements peints sur l'enrobé montrent que cela n'a pas toujours été le cas. Un simple petit panneau vissé à droite du portail indique son propriétaire : Orange. Bienvenue dans l'un des quatre centraux téléphoniques qui irriguent Pau et son agglomération en lignes téléphoniques cuivre depuis les années 1970.
Autrefois animé par des dizaines de techniciens d'Orange, le bâtiment, qui a aussi servi de logement de fonction pour le responsable de ces équipes, est aujourd'hui vide. Quelques bureaux et chaises empoussiérées, des posters plutôt décolorés aux murs, témoignent encore des occupations passées. Désormais, à part quelques rares professionnels habilités à franchir la porte ultra-protégée, personne n'arpente au quotidien les couloirs et pièces réparties sur quatre étages.
Symbole d'un demi-siècle de révolution téléphonique
Ce lieu symbolise désormais à la fois le début et la fin d'un demi-siècle de lignes de cuivre qui ont rendu possible la démocratisation de la téléphonie fixe, puis celle du Minitel et, grâce aux technologies ADSL et VDSL, de l'internet grand public.
« Il y a quelques jours nous avons débranché les communes de Lons et Billères en une journée seulement », explique Benoit Fortin, technicien d'intervention service après-vente d'Orange, qui fait partie des personnes habilitées à pénétrer dans ce central. Il reconnaît d'ailleurs qu'il met rarement les pieds dans ce bâtiment historique.
« Pour nous chez Orange, la fin du réseau cuivre passe d'abord par quelques manipulations informatiques. Ainsi, il y a quelques jours nous avons débranché les communes de Lons et Billères en une journée seulement. Nous n'avons pas besoin de venir ici démonter physiquement le réseau cuivre qui appartiendra totalement au passé d'ici 2030 », argumente-t-il.
Le passé et l'avenir se côtoient dans le central
Au cœur du central de Pau, le passé et l'avenir se côtoient de manière frappante. En bout de course, rendu obsolète par nos usages qui nécessitent des débits de données de plus en plus importants, le réseau cuivre qui était initialement dévolu au seul transport de la voix s'efface au profit du déploiement massif de la fibre optique.
Le central téléphonique de Pau où courent encore des milliers de fils de cuivre extrafins qui convergent vers d'énormes câbles se dépliant vers les communes, et d'autres fils qui alimentent les prises téléphoniques murales en forme de T bientôt condamnées mais encore utilisées par certains foyers (6 617 à Pau), abrite donc l'histoire complète de la téléphonie moderne. Tout en hébergeant déjà l'avenir du numérique et ses besoins croissants de transit de données.
La fibre optique, 200 fois plus rapide
Le réseau fibre optique du très haut débit y a trouvé sa place. Une toute petite place par rapport à l'infrastructure cuivre historique. « La gestion de la fibre, 200 fois plus rapide en débit, quatre fois moins vorace en énergie, avec un taux de panne cinq fois moins élevé au moins, prend 100 fois moins de place que le cuivre sur ce site » assure Benjamin Dulon, directeur des relations avec les collectivités des Landes et Pyrénées-Atlantiques pour Orange France.
Si on ne sait encore ce que deviendront les sites comme ce central téléphonique désormais surdimensionnés, pour les millions de kilomètres de fils et gros câbles en cuivre, métal très recherché et cher – entre 8 et 10 euros le kilo – l'avenir semble tout tracé : le recyclage.
Le cuivre, un « pactole » que Orange relativise
Selon le journal économique « La Tribune », le démantèlement complet de tout le réseau cuivre représenterait plus de 980 000 tonnes de métal, soit un « pactole » pour Orange, propriétaire du cuivre, de près de 10 milliards d'euros.
« Un pactole ? C'est très relatif » assure Benjamin Dulon. « Le démantèlement, le recyclage du réseau cuivre, les câbles et les gaines, qui ne débutera que lorsque nous aurons assez de villes fermées, représentera un chantier énorme. Outre le cuivre, il faut déposer des poteaux, des armoires techniques… Nous passerons par des prestataires et la vente du cuivre devrait permettre d'équilibrer financièrement l'opération », poursuit ce dernier.
Des disparités régionales persistent
En attendant, le chantier du débranchement du réseau cuivre se poursuit à travers toute la France. Mais si la fibre couvre désormais 95 % des logements français, des disparités significatives existent encore. En Nouvelle-Aquitaine, environ 10 % de foyers n'ont d'autre solution que le cuivre pour l'accès à la téléphonie et à l'internet à ce jour.
« Si certains ne sont pas raccordés à la fibre, nous avons d'autres solutions pour eux. La 4G, la 5G, l'internet par satellite permettent d'accéder au haut débit », assure Benjamin Dulon. Certains usagers, pourtant éligibles à la fibre, ne veulent pas basculer parce qu'ils « n'ont pas besoin d'internet ». « Cet argument s'entend, mais il faut savoir qu'on peut aussi être raccordé à la fibre uniquement pour la téléphonie », argumente-t-il.
La transition du cuivre vers la fibre représente ainsi non seulement une révolution technologique, mais aussi un défi d'accompagnement des usagers vers les nouvelles solutions de communication du XXIe siècle.



