Une décision attendue depuis trois ans
Après trois années de débats intenses, d'expertises approfondies et de concertations parfois houleuses, le gouvernement français a finalement dévoilé jeudi la troisième Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE3). Ce document stratégique, présenté par le ministre Sébastien Lecornu à Saint-Mortier dans le Jura, fixe les orientations énergétiques de la France pour la décennie 2025-2035, avec une nette priorité accordée au nucléaire.
Le nucléaire érigé en priorité nationale
"À un moment, il faut décider", a déclaré Sébastien Lecornu sur le réseau social X, soulignant l'urgence d'arrêter des choix clairs dans un contexte énergétique mondial en pleine recomposition. Le ministre a fermement rejeté ce qu'il qualifie de "querelles arriérées et hors-sol", affirmant que "la France ne vivra pas d'hésitations permanentes pendant que le monde se réorganise énergétiquement".
La PPE3 marque un tournant significatif par rapport à l'édition précédente qui prévoyait la mise à l'arrêt de 14 réacteurs nucléaires. Désormais, le gouvernement confirme la construction de six réacteurs EPR2 et "fixe pour objectif d'être en mesure de décider en 2026 du lancement de la construction de huit réacteurs supplémentaires".
Une stratégie énergétique recentrée
Pour le ministre de l'Économie Roland Lescure, présent aux côtés de Sébastien Lecornu, "le nucléaire est essentiel, c'est la base comme on l'appelle dans le métier, c'est la colonne vertébrale de notre production". Cette vision se traduit par des projections ambitieuses : après être tombée à moins de 300 térawatts-heure (TWh) en 2022-2023, la production nucléaire française atteint aujourd'hui 360 TWh et devrait se situer entre 380 et 420 TWh d'ici 2035.
La PPE3 établit des objectifs clairs de décarbonation : passer de 60% d'énergies fossiles dans la consommation à 60% d'énergie décarbonée d'ici 2030, puis atteindre 70% en 2035. L'électricité devrait contribuer à hauteur de 38% à ce mix énergétique décarboné.
Un ralentissement pour les énergies renouvelables
Cette stratégie nucléaire affirmée s'accompagne d'un net ralentissement pour les énergies éolienne et solaire. Concernant le photovoltaïque, le gouvernement prône une "évolution raisonnée" avec un objectif de 55-80 gigawatts (GW) en 2035, contre seulement 30 GW en 2025.
Pour l'éolien terrestre, l'ambition est également revue à la baisse : 35-40 GW en 2035 contre environ 24 GW en 2024, avec une priorité donnée au renouvellement du parc existant plutôt qu'à de nouveaux développements. L'éolien offshore voit quant à lui son objectif réduit à 15 GW en 2035, contre 18 GW précédemment annoncés en 2024.
Un contexte politique tendu
La publication de cette feuille de route énergétique intervient dans un paysage politique particulièrement fragmenté, quelques semaines seulement après l'adoption au forceps du budget de la France. Elle a déjà donné lieu à de vives polémiques entre les différentes forces politiques.
Marine Le Pen, cheffe des députés du Rassemblement national, a dénoncé "une lourde faute" de Sébastien Lecornu, qui a répliqué que la vraie faute "serait de ne rien faire", mettant en garde contre une "dépendance géopolitique qui devient dangereuse".
Bruno Retailleau, président des Républicains et favorable à un moratoire sur le solaire et l'éolien, a quant à lui critiqué dans une tribune un texte qui compromet, selon lui, "l'avenir économique et industriel de la France".
Malgré ces oppositions, le gouvernement maintient sa ligne : la PPE3, qui sera publiée ce vendredi au Journal officiel, consacre le nucléaire comme pilier central de la transition énergétique française pour les dix prochaines années, marquant ainsi une rupture nette avec les orientations précédentes et confirmant les ambitions du Président Emmanuel Macron de relancer cette filière stratégique.



