MGH Energy transforme la friche de l'Ardoise en usine de carburants durables pour l'aviation et le maritime
MGH Energy produit des carburants durables sur la friche de l'Ardoise

Une renaissance industrielle pour l'ancien site sidérurgique de l'Ardoise

Vingt-deux ans après la dernière coulée d'acier, la friche industrielle de l'Ardoise à Laudun-l'Ardoise connaît enfin son destin. L'agglomération du Gard rhodanien a officiellement sélectionné l'entreprise héraultaise MGH Energy pour y implanter un projet industriel d'envergure consacré à la production de carburants durables. Ce choix, validé par vote du conseil d'agglomération le 9 février et présenté en conférence de presse le lendemain, marque un tournant majeur pour ce territoire labellisé Site clé en main France 2030.

Un projet stratégique d'un milliard d'euros

Estimé à un milliard d'euros, le projet de MGH Energy s'étendra sur les 35 hectares de l'ancien site ArcelorMittal. L'objectif est clair : produire des électro-carburants destinés à décarboner les secteurs du transport aérien et maritime. Concrètement, l'usine produira jusqu'à 70 000 tonnes annuelles d'e-kérosène (soit environ 15% de la consommation des aéroports d'Occitanie) et 50 000 tonnes d'e-méthanol.

« On est très heureux d'avoir été sélectionnés, cela concrétise un an de travail », a déclaré Gilles Leandro, directeur général de MGH Energy. L'entreprise, basée à Pérols près de Montpellier et créée en 2015, s'est spécialisée dans la décarbonation des transports maritimes depuis 2018-2019 avant d'élargir son champ d'action à l'aviation.

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Une sélection rigoureuse parmi des projets de qualité

Le processus de sélection a été particulièrement exigeant. En juin 2025, l'agglomération avait lancé un appel à projets destiné aux entreprises des énergies décarbonées. « Nous n'avons eu que des bons dossiers », reconnaît Jean-Christian Rey, président de la collectivité, tout en soulignant le caractère collectif de cette démarche impliquant la Région, l'État, la commune, la Banque des territoires et la CNR.

MGH Energy s'est finalement imposée car elle « remplissait tous les critères », que ce soit en termes d'orientations stratégiques, de robustesse technique, de retombées socio-économiques ou d'innovation. Ce choix met fin à plusieurs années d'incertitude concernant l'avenir du site, qui avait successivement été envisagé pour le projet Laudun Eco-Fret puis pour une plateforme logistique Gifi avant que ce dernier ne soit abandonné en novembre 2022 face aux mobilisations locales.

Un impact environnemental et économique significatif

Les retombées de ce projet sont multiples. Sur le plan environnemental, la production de ces carburants durables permettra d'éviter l'émission de 180 000 tonnes de CO2 par an. Sur le plan économique, le chantier générera plus de 400 emplois durant la phase de construction et environ 200 emplois pérennes lors de l'exploitation.

« On va travailler avec le territoire pour nous assurer que les formations sont bien en place », précise Elodie Haté, directrice du développement chez MGH Energy, qui compte s'appuyer sur les compétences locales, notamment via les Mines d'Alès.

Une technologie innovante au cœur du projet

Le procédé de production repose sur une technologie de pointe :

  • Production d'hydrogène vert par électrolyse utilisant de l'électricité renouvelable (provenant de parcs photovoltaïques régionaux et d'un parc de dix hectares sur le site) et de l'eau prélevée dans le Rhône
  • Captage de CO2 auprès d'industriels de la vallée du Rhône (UVE, cimentiers, méthaniseurs)
  • Synthèse de ces éléments pour produire les électro-carburants

L'implantation stratégique du site permettra d'exporter ces carburants vers les ports de Sète, Port-la-Nouvelle et Fos-sur-Mer via le Rhône, ainsi que vers le pôle aéronautique de Toulouse par voie ferrée. « Une renaissance pour le port industriel de l'Ardoise », souligne Jean-Christian Rey.

Un calendrier ambitieux pour une première française

Les premiers litres de carburant sont attendus pour 2031, après une phase d'étude, de concertation et de construction. La pose de la première pierre est prévue pour 2028, ce qui pourrait faire de cette usine la première unité de production d'électro-carburants en France.

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L'installation sera soumise à la réglementation des ICPE et classée Seveso seuil bas. « On a dimensionné et on a pris l'engagement de rester à ce seuil bas », assure Gilles Leandro, précisant que « l'immense majorité de la production partira par barges », limitant ainsi le trafic routier.

Ce projet s'inscrit parfaitement dans les objectifs européens qui imposent des quotas d'incorporation d'électro-carburant dans l'aviation : 6% en 2030 et 70% en 2050. « Il y a une révolution énergétique qui se présente devant nous », conclut le directeur général de MGH Energy, dont l'entreprise devra s'appuyer sur des partenaires comme la BPI ou des fonds d'investissement spécialisés pour mener à bien cette ambitieuse transition.