Incendie dans l'Aude : un expert plaide pour plus de moyens
Incendie dans l'Aude : un expert plaide pour plus de moyens

Un mois après les incendies dévastateurs dans les Corbières, l'ancien lieutenant-colonel des pompiers et fondateur du cabinet Atrisc, Ludovic Pinganaud, livre son analyse. Intervenu sur de grands feux de forêt par le passé, il est désormais consultant pour BFM TV et expert en gestion des risques.

Une stratégie de lutte remise en question

Interrogé sur l'efficacité de la stratégie de lutte contre le feu des Corbières, Pinganaud est catégorique : « Non, elle n'a pas été efficace face à ce feu, mais ce n'est pas une raison pour la remettre en cause. » En France, la politique consiste à engager massivement des moyens terrestres et aériens dès le départ de tout feu, afin d'éviter qu'il ne dépasse un hectare. Cette approche a échoué sur le feu de Ribaute, qui n'était pas un mégafeu au sens strict – comparable aux incendies incontrôlables du Canada – mais un feu hors norme en raison de sa vitesse de propagation et de la surface brûlée en peu de temps. Les pompiers ont relevé des vitesses de propagation allant jusqu'à 8 km/h, contre 2 ou 3 km/h pour un feu classique.

Des pilotes de Canadair et des cadres de la sécurité civile ont confié à l'expert qu'il était difficile de faire mieux. La situation était pourtant anticipée : les pompiers de l'Aude étaient prémobilisés et des renforts d'autres départements, ainsi que la quasi-totalité de la flotte aérienne, ont été rapidement engagés. Pinganaud souligne que « le travail effectué a été remarquable, car maîtriser un tel feu en moins de trois jours relève du miracle. »

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Des enseignements pour l'avenir

L'expert estime qu'il faut accepter que dans certaines situations, on ne puisse rien faire. Sur ce feu, des moyens aériens supplémentaires n'auraient rien changé. Cependant, il insiste sur la nécessité d'anticiper la possibilité de plusieurs feux de ce type simultanément : « Actuellement, on ne sait pas faire. » Il préconise de ne plus cantonner les moyens aériens à la seule bande méditerranéenne, car ces feux dits exceptionnels seront de plus en plus fréquents, y compris au-dessus de la Loire. « Il va falloir prépositionner des moyens au nord », affirme-t-il.

Au-delà des moyens, Pinganaud appelle à repenser l'aménagement des zones forestières. De nombreux experts estiment que ces espaces, moins entretenus, sont des bombes à retardement. L'arrachage des vignes, qui constituent d'excellentes zones coupe-feu, aggrave la situation. Il faut débroussailler davantage, notamment par le biais des troupeaux. La protection du pin d'Alep, très inflammable, fournit également du carburant aux incendies. « Il faudrait varier les essences en reboisant », suggère-t-il.

Comparaison avec l'Espagne et la Grèce

Interrogé sur les raisons pour lesquelles les feux sont plus dévastateurs en Espagne et en Grèce, Pinganaud explique que ces pays sont organisés différemment. En Espagne, la politique d'attaque massive sur feu naissant n'existe pas, et la Grèce a également moins d'obligations en matière de débroussaillage. « Notre stratégie est intéressante, à condition d'avoir des moyens », conclut-il, rappelant que le budget de la sécurité civile est de 2 milliards d'euros, contre 109 milliards pour l'intelligence artificielle.

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