La France dévoile sa feuille de route énergétique pour 2035
Après trois années d'attente et de débats intenses, le gouvernement a finalement présenté sa troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), couvrant la période 2025-2035. Ce document stratégique, longtemps retardé, marque un tournant significatif dans la politique énergétique française en privilégiant clairement le nucléaire comme pilier de la transition énergétique.
Un virage stratégique vers l'électricité décarbonée
Au cœur de cette nouvelle orientation, le gouvernement français a décidé de miser massivement sur une électricité décarbonée d'origine nucléaire, en substitution progressive des énergies fossiles dont l'importation coûte cher à l'économie nationale. Cette stratégie vise explicitement à relancer une consommation électrique actuellement en stagnation, en favorisant l'électrification de secteurs encore dépendants des combustibles fossiles.
La feuille de route gouvernementale établit un lien direct entre l'objectif de production électrique décarbonée en 2035 et « la croissance de l'électrification des usages ». Le plan prévoit ainsi la bascule progressive de plusieurs secteurs vers l'électricité, notamment les transports avec le développement des véhicules électriques, le bâtiment avec l'installation de pompes à chaleur, et l'industrie avec l'adoption de fours électriques.
Le document précise : « En 2023, nous consommions près de 60 % d'énergie finale fossile. Notre objectif est de n'en consommer plus que 40 % en 2030 ». L'ambition affichée est clairement d'« inverser » la part des énergies fossiles avec celle des énergies renouvelables et du nucléaire dans le mix énergétique national.
La relance du nucléaire, une rupture stratégique
La PPE3 marque une rupture nette avec la programmation précédente (PPE2, 2019-2024) qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires. Désormais, le gouvernement opte pour une relance ambitieuse du parc nucléaire existant et futur.
Le plan prévoit « une optimisation » du parc nucléaire existant dès 2030, avec un objectif de production compris entre 380 et 420 térawatt-heures (TWh), contre seulement 320 TWh en 2023. Cet objectif s'aligne sur les ambitions d'EDF, l'électricien public, qui visait déjà 400 TWh.
Les énergies renouvelables reléguées au second plan
Si la PPE3 maintient un soutien à l'éolien en mer, malgré des retards de déploiement qui ont conduit à un léger décalage temporel des objectifs, les filières éolienne terrestre et solaire sont clairement reléguées au second rang dans cette nouvelle stratégie.
Cette orientation a donné lieu à des débats particulièrement vifs entre les partisans du « tout nucléaire » et ceux défendant un mix énergétique plus équilibré en faveur du solaire et de l'éolien. Le résultat de ces tensions se traduit par des objectifs revus à la baisse : le solaire ne devrait produire que 48 gigawatts d'électricité d'ici 2030, contre 54 dans la version mise en consultation publique en mars dernier. De même, l'éolien terrestre serait limité à 31 GW, contre 33 prévus il y a moins d'un an.
Ces ajustements s'alignent sur les scénarios les plus favorables établis en décembre dernier par RTE, le gestionnaire du réseau électrique à haute tension, qui a revu à la baisse ses prévisions de consommation électrique en France à l'horizon 2030.
Des réactions politiques contrastées
La publication de ce document stratégique doit permettre aux acteurs du secteur énergétique de lancer de nouveaux projets et d'anticiper les besoins en investissements, compétences et emplois. Cependant, sur le plan politique, la PPE3 est loin de faire l'unanimité.
Le patron des Républicains, Bruno Retailleau, et la cheffe de file des députés Rassemblement National, Marine Le Pen, avaient tous deux demandé au gouvernement de renoncer à publier cette programmation. Le RN a notamment dénoncé « les conséquences dévastatrices » de la PPE, évoquant « un tour de passe-passe sur l'éolien ».
À gauche, la réaction est plus nuancée. La cheffe de file des Écologistes, Marine Tondelier, a exprimé son « soulagement qu'enfin la filière ait des consignes et que ces consignes ne soient pas un moratoire sur le renouvelable ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit échanger aujourd'hui avec plusieurs anciens ministres, parlementaires et professionnels du secteur énergétique sur cette programmation controversée. Ces discussions auront lieu lors d'un déplacement sur les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans, dans le département du Jura, symbolisant l'importance des infrastructures énergétiques existantes dans la transition en cours.