La cession d'Exaion par EDF à l'américain Mara officialisée après six mois de polémiques
Initialement présenté comme une formalité en août 2025, l'accord d'investissement concernant la filiale numérique d'EDF s'est transformé en un véritable dossier politique, cristallisant les débats sur la souveraineté numérique de la France. Vendredi 20 février, le groupe public EDF a finalement officialisé la cession de 64% du capital d'Exaion – sa filiale spécialisée dans les services numériques avancés – au groupe américain Mara, acteur majeur du minage de cryptomonnaies.
Une opération sous conditions strictes imposées par l'État
Dans un communiqué publié le même jour que ses résultats annuels, l'électricien français a confirmé « la réalisation de l'opération ». Il a été précisé que NJJ, la société de l'homme d'affaires Xavier Niel – actionnaire individuel du Groupe Le Monde – prendra 10% des parts de l'entité française de Mara. Le ministère de l'économie a souligné dans un communiqué distinct : « En vertu du contrôle des investissements étrangers en France et de ses prérogatives d'État actionnaire, l'État a subordonné son autorisation de la cession d'Exaion au respect de conditions juridiquement contraignantes. »
Exaion : de la confidentialité à la controverse politique
Jusqu'à l'été 2025, le sort d'Exaion – qui emploie moins de 100 salariés répartis entre Paris, Lyon et Sherbrooke au Québec – restait relativement confidentiel. Fondée par deux anciens salariés d'EDF et soutenue par le groupe public depuis 2020, cette start-up propose des services variés :
- Solutions blockchain pour le stockage et la transmission d'informations
- Calcul de haute performance et intelligence artificielle
- Services de cybersécurité
Pour fournir ces services, Exaion utilise des supercalculateurs déclassés par l'exploitant du parc nucléaire français, précédemment employés pour des activités de recherche et développement.
Les réactions politiques : une opposition transpartisane
L'annonce de vendredi marque la fin de six mois de négociations intenses, mais probablement pas la fin du débat politique. Depuis le 11 août 2025, les critiques ont fusé de tous les bords politiques. Sur le réseau social X, Antoine Armand, ancien ministre de l'économie redevenu député Renaissance de Haute-Savoie, s'est inquiété : « Allons-nous brader les pépites tech souveraines qui grandissent en France ? »
Ces dernières semaines, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a dénoncé la perspective de cette vente comme une « trahison », tandis que Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, y voyait une « forfaiture ». Cette opposition transpartisane illustre la sensibilité croissante des questions de souveraineté numérique dans le débat public français.
Les implications pour l'avenir de la tech française
Cette opération intervient dans un contexte où le contrôle des investissements étrangers en France connaît une pression accrue, avec le ministère de l'économie recevant un nombre croissant de demandes d'autorisation. La cession d'Exaion à un acteur américain spécialisé dans les cryptomonnaies pose des questions fondamentales sur :
- La préservation des compétences technologiques stratégiques sur le territoire national
- L'équilibre entre ouverture aux investissements internationaux et protection des actifs sensibles
- Le rôle des entreprises publiques dans le développement de l'écosystème tech français
Alors que l'opération est désormais officialisée, les conditions imposées par l'État et la participation de Xavier Niel via NJJ seront scrutées avec attention pour évaluer leur capacité à préserver les intérêts stratégiques français dans ce secteur en pleine mutation.



