EDF tire la sonnette d'alarme sur les risques financiers de la surproduction électrique
Un rapport interne d'EDF, publié lundi, met en lumière les risques financiers significatifs auxquels le groupe énergétique français pourrait faire face en raison de la surproduction d'électricité et de la lenteur de la transition énergétique nationale. Selon ce document, EDF pourrait essuyer d'importants manques à gagner à l'avenir si aucune mesure n'est prise pour accélérer l'électrification des usages et absorber l'excédent de production actuel.
La priorité absolue : l'électrification des usages
Catherine Bauby, directrice de la stratégie d'EDF, a déclaré lundi : « Pour sortir de cette situation de surcapacité, la priorité absolue, c'est l'électrification des usages ». Elle insiste sur la nécessité d'encourager la consommation d'électricité décarbonée pour remplacer les énergies fossiles comme le gaz. Dans l'intervalle, elle estime qu'il faut « ajuster le rythme de déploiement des énergies renouvelables », une mesure prévue dans la feuille de route énergétique (PPE) publiée jeudi par le gouvernement.
La modulation nucléaire en forte hausse
Le rapport se penche sur les conséquences industrielles, organisationnelles et économiques de la modulation, un terme technique désignant la capacité d'EDF à ajuster la production de ses réacteurs nucléaires en fonction de la consommation. Depuis 2024, cette modulation s'est considérablement accélérée face aux surcapacités de production.
EDF explique dans un communiqué que cette situation « résulte principalement du développement des moyens de production renouvelables, solaires et éoliens, en France et en Europe, dans un contexte de consommation atone ». Les volumes de modulation nucléaire ont ainsi doublé entre 2019 et 2025, passant d'environ 15 TWh à 33 TWh, soit près de 9% de la production nucléaire du groupe.
Le paradoxe énergétique français
La France se trouve confrontée à un paradoxe énergétique :
- À long terme, le pays vise à accroître ses capacités de production électrique pour renforcer sa souveraineté énergétique et réduire sa dépendance aux fossiles.
- À court terme, il fait face à une surcapacité de production due à la stagnation de la consommation électrique, elle-même liée au retard pris dans l'électrification des transports, du bâtiment et de l'industrie.
Cette situation contraint de plus en plus EDF à réduire sa production nucléaire, voire à arrêter des réacteurs lorsque les énergies renouvelables intermittentes (éolien et solaire) produisent abondamment, notamment en milieu de journée.
Des surcoûts de maintenance en cascade
Les barrages et centrales à gaz sont également beaucoup plus sollicités, ce qui entraîne, selon EDF, « un renchérissement des coûts de maintenance de tous ces équipements ». Dans le secteur nucléaire, cela se traduit par exemple pour les turbines, dont les contrôles devront être réalisés tous les 6 ans au lieu de 10 actuellement.
Ce changement génère un surcoût estimé à environ 30 millions d'euros par an pour le parc nucléaire, soulignant l'impact financier direct de cette surproduction sur les opérations d'EDF. Le rapport appelle donc à une action rapide pour rééquilibrer l'offre et la demande d'électricité décarbonée en France.



