Imposante et fonctionnelle. À 20 kilomètres du centre de Dunkerque, la gigafactory Verkor, grande comme 21 terrains de football, a poussé dans une immense friche toute plate. Objectif ? Fournir des batteries made in France aux voitures électriques et rattraper le retard sur les industriels chinois, rois du secteur.
Un défi industriel et écologique
Trois milliards d'euros pour redonner de l'espoir à l'industrie automobile française et décarboner les transports routiers. C'est l'ambition de Verkor, ou comment un petit groupe d'ingénieurs de Grenoble a eu le culot de défier la puissance chinoise. Le site de la « gigafactory » Verkor, inaugurée en décembre 2025 près de Dunkerque (Nord), est stratégique.
Un emplacement stratégique
Pour relever le défi, Verkor a choisi un endroit stratégique : l’usine est à quelques encablures de la mer du Nord et du port de Dunkerque, mais aussi de la centrale nucléaire de Gravelines et de son électricité décarbonée, et de tous ses clients potentiels : les usines de Renault, Stellantis ou Toyota. L’immense boîte rectangulaire en béton clair, qui compte 600 employés et montera à 1 200 quand tous les ateliers seront terminés, est encore seule à l’horizon, mais cela ne va pas durer.
D’abord parce que Verkor a réservé beaucoup de terrain pour s’étendre, juste à côté de son premier site, qui a coûté 3 milliards d’euros. La gigafactory produira des batteries pour véhicules électriques, contribuant à réduire les émissions de CO2 du transport routier. Ce pari industriel vise à créer une filière française compétitive face aux géants chinois comme CATL ou BYD.
Le choix de Dunkerque n’est pas anodin : le port permet l’importation de matières premières comme le lithium, tandis que l’électricité nucléaire décarbonée assure une production à faible empreinte carbone. Verkor prévoit d’atteindre une capacité de production de 16 GWh par an d’ici 2027, puis 50 GWh à terme. L’usine bénéficie du soutien de l’État et de l’Union européenne, dans le cadre du plan « France 2030 ».
Un enjeu de souveraineté
Au-delà de l’aspect économique, cette gigafactory représente un enjeu de souveraineté industrielle. Actuellement, la Chine domine la production mondiale de batteries, avec plus de 70 % des capacités. Verkor ambitionne de démontrer qu’une filière européenne peut exister, en misant sur l’innovation et la décarbonation. Les premiers modules de batteries devraient sortir des chaînes de production en 2026.
L’usine emploie déjà 600 personnes, et les recrutements se poursuivent. Verkor mise sur la formation locale et la reconversion de travailleurs issus de l’industrie automobile traditionnelle. Le groupe a également signé des partenariats avec des universités et des centres de recherche pour développer des batteries plus performantes et durables.
Ce projet suscite un fort intérêt médiatique et politique. Le président de la République a salué « une avancée majeure pour la réindustrialisation du pays ». Les élus locaux voient dans cette usine un symbole de renaissance pour une région marquée par les fermetures d’usines.
Reste à savoir si Verkor parviendra à tenir ses promesses face à la concurrence chinoise. Le chemin est encore long, mais l’usine de Dunkerque est désormais un symbole de l’ambition française dans la course aux batteries électriques.



