Crise énergétique : les ministres européens à Bruxelles face à la flambée des prix
Dans un contexte de flambée des prix de l'énergie, exacerbée par le conflit au Moyen-Orient, les ministres de l'Énergie des Vingt-Sept se réunissent ce lundi à Bruxelles. Cette rencontre vise à préparer le sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne prévu jeudi dans la capitale belge. La question centrale est de savoir quelle marge de manœuvre possèdent les Européens pour surmonter cette crise aiguë.
Les États en première ligne à court terme
La réponse immédiate à l'envolée des prix du pétrole et du gaz est principalement passée par les États et l'Agence internationale de l'énergie (AIE), plutôt que par l'Union européenne directement. Mercredi dernier, les 32 pays membres de l'AIE, incluant les États-Unis, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie, le Japon et le Canada – représentant les nations du G7 – ont décidé de débloquer massivement des réserves stratégiques de pétrole pour tenter de contenir la hausse.
Au sein de l'UE, des mesures nationales ont été annoncées : la Croatie et la Hongrie ont plafonné les prix des carburants, tandis que la Grèce a limité les marges sur les prix à la pompe pour éviter la spéculation. La France, déjà confrontée à des difficultés budgétaires, a renforcé ses contrôles dans les stations-service pour empêcher que le conflit au Moyen-Orient ne serve de prétexte à des hausses abusives. Le géant TotalEnergies a également plafonné ses prix à la pompe, suite à des incitations du gouvernement.
Concernant l'électricité, le commissaire européen Dan Jorgensen a suggéré aux États qui en ont la capacité de réduire les taxes, évoquant une possible diminution de la facture des consommateurs de 200 euros par an en moyenne. Cependant, cette option nécessite des marges de manœuvre budgétaires, qui font souvent défaut.
Débat récurrent sur le marché de l'électricité
La crise a relancé un débat intense et récurrent au sein de l'Union européenne sur le fonctionnement du marché de l'électricité. En Europe, le prix de l'électricité est largement déterminé par celui du gaz, car il est calculé à partir de la dernière centrale utilisée pour satisfaire la demande, souvent des centrales à gaz lors des pics de consommation. « Tant qu'on est obligé d'appuyer sur les centrales thermiques aux heures de pointe, le prix marginal sera toujours déterminé par l'énergie fossile », souligne l'économiste Marc Baudry.
Ce chercheur de la chaire d'économie du climat à Paris Dauphine ne s'attend « pas à un grand soir » sur ce sujet, car réformer le marché de l'électricité « est très compliqué à faire ». L'Union européenne avait déjà adopté une réforme en mai 2024 après des débats acharnés, mais une partie de l'industrie et certains États, notamment l'Italie, appellent à changer les règles. Sous pression, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, « étudie la possibilité » de subventionner, voire de plafonner le prix du gaz utilisé dans la formation du prix de l'électricité.
L'UE avait opté pour un mécanisme de correction de marché similaire fin 2022 après l'envolée des prix liée à la guerre en Ukraine, mais ne l'a jamais activé en raison de conditions trop strictes. Le coût de l'énergie, au moins trois fois plus élevé qu'aux États-Unis, s'explique aussi structurellement par l'absence de ressources fossiles dans l'UE, ce qui pousse la Commission à accélérer la décarbonation de l'industrie.
Bras de fer sur la tarification du carbone
Une autre revendication émane de pays d'Europe centrale et de l'Italie, qui souhaitent réformer, voire suspendre, le marché du carbone dans l'UE. Une large partie de l'industrie, dont la chimie allemande, attribue une part de la facture énergétique au prix du CO2, actuellement autour de 70 euros la tonne. Depuis 2005, l'Union européenne a créé ce marché des quotas d'émissions carbone, un outil pionnier dans la lutte contre le changement climatique.
Pour couvrir leurs émissions de CO2, les producteurs d'électricité et les industries énergivores – comme la sidérurgie, le ciment ou la chimie – doivent acheter des « permis de polluer » sur le marché européen des quotas carbone, appelé « ETS » en anglais. Le total des quotas diminue progressivement pour inciter les industriels à réduire leurs émissions. Des quotas gratuits sont alloués pour accompagner cette transformation, mais ils sont réduits peu à peu et devraient disparaître d'ici 2034. Certains industriels souhaitent leur maintien.
La Commission européenne n'a pas l'intention de réformer fondamentalement ce marché, mais étudie des flexibilités. Huit États, dont la Suède, l'Espagne et les Pays-Bas, ont appelé à ne pas remettre en cause cette tarification du carbone, qu'ils considèrent comme la « pierre angulaire de la politique climatique de l'UE ».



