Fermeture du détroit d'Ormuz : un choc pétrolier aux conséquences inquiétantes pour la France
Choc pétrolier : les risques de la fermeture du détroit d'Ormuz

Fermeture du détroit d'Ormuz : un choc pétrolier aux conséquences inquiétantes pour la France

Au lendemain des déclarations alarmantes de Roland Lescure, ministre de l'Économie, évoquant un possible « choc pétrolier », l'inquiétude grandit concernant les conséquences d'une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz. La hausse des prix à la pompe, les tensions sur l'approvisionnement, le risque inflationniste et la fragilité des secteurs du transport et de la pêche sont autant de facteurs qui préoccupent les experts. Pour Jean-Pierre Favennec, spécialiste des questions énergétiques et professeur à l'École du Pétrole et des Moteurs, la situation actuelle constitue bel et bien un choc. Bien que différent de ceux de 1973 et 1979, il pourrait avoir des répercussions potentiellement lourdes si aucune amélioration rapide n'intervient.

Un choc pétrolier d'une nature nouvelle

Interrogé sur la pertinence du terme « choc pétrolier » employé par le ministre, Jean-Pierre Favennec nuance : « Une augmentation du prix du pétrole de 60 dollars à environ 100 dollars se traduit par une hausse de l'essence de 30 à 40 centimes, mais ce n'est pas de la même ampleur que les chocs de 1973 ou 1979. » Cependant, il souligne un élément totalement inédit : la fermeture du détroit d'Ormuz. « C'est quelque chose qu'on n'a jamais vraiment vu de manière sérieuse. Les Iraniens laissent passer quelques bateaux, mais il manque quand même du pétrole : entre 15 et 20 millions de barils par jour passent par le détroit, soit 15 à 20 % de l'approvisionnement mondial. »

Selon lui, bien que l'effet sur les prix soit plus limité, la situation actuelle représente bel et bien un choc pétrolier. Il met en garde : « Si Donald Trump n'arrive pas à débloquer le détroit d'Ormuz, cela peut se transformer en crise sérieuse à l'horizon de quelques semaines. »

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Les solutions limitées des pays producteurs

Les pays producteurs de la région, qui contrôlent la moitié des réserves mondiales et produisent environ 30 % du pétrole, font face à des options restreintes :

  • L'Irak, l'Iran et le Koweït n'ont pratiquement pas d'autre solution que de faire passer leur pétrole par le détroit d'Ormuz.
  • L'Arabie saoudite dispose d'un pipeline traversant le pays, avec un point d'exploitation principal à Ras Tanura, où les chargements ont fortement augmenté.
  • Les Émirats arabes unis ont créé un oléoduc il y a dix ou quinze ans pour éviter Ormuz, mais les Iraniens ont déjà attaqué ce terminal.

Favennec observe : « On a aujourd'hui une situation qu'on n'avait pratiquement jamais connue. » Toutefois, il note l'absence de mouvement de panique, grâce aux stocks pétroliers stratégiques représentant trois à quatre mois de consommation. « Pour moi, les utiliser signifie que la situation n'est pas bonne. Si le blocage ne dure pas plus de quelques semaines, on devrait passer entre les gouttes. Si c'est plus long, là, on va avoir des soucis. »

Impact sur l'économie française et mesures envisagées

Jean-Pierre Favennec est catégorique : « Il y aura un impact sur l'économie française. » Même en supposant une situation de courte durée, une relance de l'inflation est attendue, passant de moins de 1 % à environ 2 %, avec un risque d'augmentation du chômage. « On va perdre un peu de croissance, un peu d'emplois et un peu d'activité économique. »

Les conséquences concrètes pour les Français seront variables :

  • Les personnes utilisant peu la voiture ou les transports en commun seront moins touchées.
  • En revanche, les professionnels dépendants du carburant comme les infirmières en zone rurale, les transporteurs et les pêcheurs subiront de plein fouet la hausse des prix.

Favennec cite l'exemple d'un pêcheur breton : « Avec l'augmentation de 30 ou 40 centimes sur le gazole, il ne peut plus aller jusqu'à ses lieux de pêche parce que vu le prix du lieu noir, il ne s'y retrouve pas. Il perd de l'argent. » De même, les transporteurs pourraient réduire leur capacité.

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Face à cela, le gouvernement envisage des mesures ciblées et réversibles, comme des chèques énergie ou pétrole. Favennec soutient cette approche : « Il faut donner de l'argent pour compenser leurs pertes. En revanche, il ne faut surtout pas généraliser. Si on baisse la TVA ou les taxes, c'est une hérésie, parce que cela coûte extraordinairement cher et des gens en bénéficieraient alors qu'ils n'en ont absolument pas besoin. » Il insiste sur la nécessité d'aider spécifiquement les opérateurs, transporteurs, infirmières et pêcheurs, tout en soulignant que même des aides ciblées auront un coût.

Le mix énergétique français : une protection insuffisante

Enfin, Jean-Pierre Favennec tempère les espoirs placés dans le mix énergétique français : « Non. L'économie n'est pas encore assez électrifiée pour que le bénéfice de la production des centrales nucléaires françaises nous protège vraiment. On a besoin du pétrole. » Cette dépendance souligne la vulnérabilité de la France face aux perturbations de l'approvisionnement mondial, renforçant l'urgence de trouver des solutions durables.