Canicule : EDF chiffre à 8,7 milliards d'euros l'adaptation du nucléaire
Canicule : 8,7 milliards pour adapter le nucléaire

La canicule qui touche la France a entraîné une perte de production nucléaire de 8,7 %, selon EDF. La mise à l'arrêt de trois réacteurs (Golfech, Bugey, Nogent-sur-Seine) et les baisses de production de quatre autres (dont Saint-Alban) ont généré un manque de 5,5 GW sur les 63 GW de puissance installée. Alors qu'une nouvelle vague de chaleur est attendue, la question de la sûreté des réacteurs en période de fortes chaleurs devient centrale.

Des baisses de production liées aux contraintes environnementales

Les baisses de production et mises à l'arrêt sont justifiées par des obligations environnementales, explique l'énergéticien. L'eau utilisée pour refroidir les centrales est rejetée réchauffée dans les cours d'eau (Garonne, Rhône, Seine). Une limite de température à l'aval est fixée par arrêté (28 °C pour la Garonne) pour protéger la faune et la flore. Le débit et l'écart de température amont-aval sont également surveillés.

« Sur le nucléaire, l'enjeu de la température de l'eau n'est pas un enjeu de sûreté, mais vraiment un enjeu de préservation des écosystèmes », a indiqué Carine de Boissezon, directrice impact du groupe EDF, le 10 juin lors de journées sur l'efficacité de l'adaptation au changement climatique à Paris. « Nous avons des solutions à la fois techniques et des solutions fondées sur la nature. » Par exemple, en amont de la centrale du Golfech, EDF a lancé en 2024 un programme de plantation de ripisylves pour réguler la température du cours d'eau et créer des zones refuges pour la biodiversité.

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Des pertes de production amenées à augmenter

La baisse annuelle liée à ces arrêts pour raisons environnementales est estimée à 0,3 % de la production annuelle d'électricité. Mais dans le contexte du changement climatique, sans adaptation, elle pourrait atteindre en moyenne 1,5 % à l'horizon 2050. Des dérogations temporaires peuvent être accordées, comme à l'été 2022 pour 5 centrales (dont Bugey, Tricastin, Saint-Alban) afin de préserver des réserves de gaz et d'eau pour l'hiver, précise l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) dans une note du 25 juin.

Interrogée sur le risque de manquer d'électricité à l'avenir, Carine de Boissezon a déclaré : « Tout dépend de l'attente qu'on a d'EDF lors des moments extrêmes. Doit-on forcément être 24 h/24, 7 J/7 ? Ou est-ce que les centrales ne seront pas forcément disponibles ? Ce sont des discussions plus larges qu'il faut avoir. »

Un plan d'adaptation de 8,7 milliards d'euros

Début 2026, EDF a remis, à la demande de l'État, une étude de vulnérabilité au changement climatique et un plan d'adaptation chiffré. D'ici à 2040, l'énergéticien aura besoin de 8,7 milliards d'euros pour réduire ses vulnérabilités et adapter ses activités nucléaires, hydrauliques et insulaires en France. Cet argent doit servir à renforcer des digues ou à rénover les tours aéroréfrigérants, ces grandes tours en béton qui permettent de consommer moins d'eau dans les centrales en circuits fermés (30 réacteurs en bord de fleuve).

Un autre dispositif est à l'étude : un aéroréfrigérant dit « de purge » qui refroidit l'eau avant rejet. D'après EDF, ces tours permettent de descendre la température de l'eau restituée à la Vienne de 3 à 7 °C.

La santé du personnel, un enjeu critique

Outre l'eau, la santé du personnel est un enjeu de sécurité pour Carine de Boissezon. Les fortes chaleurs impactent les capacités cognitives et les conditions de travail. Dans le sud de la France, EDF mène depuis deux ans des tests dans les centrales nucléaires et thermiques avec l'Human Adaptation Institute pour « comprendre les problématiques de repos, de vigilance et de capacités cognitives », précise-t-elle. Des protocoles ont été mis en place (vêtements adaptés, points d'eau). Le sujet s'étend à la qualité du sommeil : « Quelle est la vulnérabilité de nos salariés face à la chaleur dans leur domicile ? Comment les accompagne-t-on ? On parle aussi de vigilance partagée, être capable de repérer les signaux faibles d'un collègue et de lui dire non, tu ne vas pas rentrer dans la centrale aujourd'hui. »

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Les défis du nouveau nucléaire après 2100

Les questions se posent aussi pour le nouveau nucléaire, avec les mises en service de 6 réacteurs EPR2 prévus jusqu'en 2045. Prévus pour une exploitation de soixante ans, ces sites pourraient fonctionner après 2100, alors que la France se sera réchauffée de +4 °C selon les pronostics les plus pessimistes. Les nouveaux réacteurs en bord de fleuve seront « systématiquement équipés de tours aéroréfrigérants », indique EDF.

Ces mesures seront-elles suffisantes ? L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection examine actuellement les conséquences du changement climatique sur la sûreté des centrales et la protection de l'environnement. Elle devrait rendre son avis d'ici à la fin de l'année.