L'Union des aéroports français tire la sonnette d'alarme sur la fragilisation du secteur
L'Union des aéroports français (UAF) a lancé un appel pressant à l'État pour revoir la fiscalité du transport aérien, qu'elle juge défavorable et pénalisante pour la compétitivité. Lors d'une conférence de presse, Thomas Juin, président de l'UAF, a averti que le secteur aéroportuaire français est en train de décrocher par rapport à ses voisins européens.
Une croissance en retrait malgré une hausse de la fréquentation
En 2025, la France a enregistré plus de 210 millions de passagers, soit une augmentation de 2,3 % par rapport à 2024, avec 4,7 millions de passagers supplémentaires. Cependant, cette performance masque un recul inquiétant : le trafic aérien français est en retrait de 1,8 % par rapport à 2019, alors que des pays comme l'Espagne et l'Italie affichent des croissances à deux chiffres, respectivement de 17 % et 18,7 %.
L'UAF attribue cette situation à plusieurs facteurs, dont le triplement de la taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA), passée de 2,63 euros à 7,30 euros pour un billet en classe économique. Cette hausse fiscale inciterait les compagnies low cost, qui représentent près de 45 % du trafic aérien en France, à privilégier des bases à l'étranger où la fiscalité est moins élevée, comme en Espagne.
Les aéroports de province particulièrement vulnérables
L'exemple de l'aéroport de Toulon/Hyères illustre les difficultés rencontrées par les infrastructures régionales. Avec 103 623 passagers en 2025, il a subi une baisse de 25 % par rapport à 2024, bien qu'il soit en hausse de 120 % par rapport à 2019. Sa dépendance au low cost dépasse 80 %, et sa catégorie d'aéroports de proximité n'est pas épargnée par la fiscalité.
Thomas Juin explique : « Toulon/Hyères est en très mauvaise posture pour négocier avec les compagnies low cost. La seule fiscalité est de 35 euros pour un aller, alors que la manne d'un tel opérateur est de 5 euros par billet. Tant que cette fiscalité ne sera pas revue, il n'y aura pas d'issue, sauf à créer des lignes de service public. »
À l'inverse, l'aéroport de Rodez, en Aveyron, qui a opté pour des lignes de service public avec des investissements des collectivités, connaît une croissance spectaculaire de plus de 400 % par rapport à 2019 et de plus de 200 % en 2025 par rapport à 2024.
Les défis du contrôle aérien et d'autres taxes
L'UAF pointe également les défaillances du système de contrôle aérien en France. À Nice, premier aéroport de province avec 15 millions de passagers, 38 % des vols ont été retardés en 2025. Le coût des aléas du contrôle aérien est estimé à 800 millions d'euros pour l'année 2025, en raison d'un sous-effectif de 10 à 15 % et du départ à la retraite prévu d'un tiers des 3 000 contrôleurs d'ici 2034.
Le président de l'UAF réclame des garanties en cas de grève et un droit de regard sur la gouvernance. « En janvier 2026, la France a géré 9 % des franchissements d'espace aérien en Europe mais a enregistré 29 % des retards », argumente-t-il.
En outre, l'UAF dénonce une nouvelle taxe de 2 euros sur les petits colis, en vigueur depuis le 1er mars 2026, qui aurait déjà des effets négatifs sur le fret avionné, avec une baisse de près de 2 % en 2025. « Les avions se posent dans des hubs de pays voisins, et les colis terminent le trajet en camion », précise l'organisation.
Perspectives sombres avec la crise énergétique
La situation ne devrait pas s'améliorer avec la crise énergétique, car le poids du carburant représente entre 25 et 30 % du coût d'exploitation d'une ligne aérienne. L'UAF constate déjà que certaines compagnies réduisent leur offre de sièges pour l'été, avec 3 000 vols supprimés par rapport à l'été 2024, ce qui équivaut à un million de passagers en moins.
Face à ces défis, l'UAF appelle l'État à agir rapidement pour réviser la fiscalité et améliorer la gestion du contrôle aérien, afin de préserver la compétitivité des aéroports français et soutenir une croissance durable du secteur.



