Trois générations de syndicalistes en Côte-d'Or : une histoire familiale de luttes sociales
En Côte-d'Or, une famille exceptionnelle incarne l'évolution du syndicalisme français sur trois générations. Les Lahlou-Manière, dont l'engagement syndical semble inscrit dans l'ADN familial, partagent leur parcours unique qui traverse les décennies et reflète les transformations profondes du dialogue social en France.
Une enfance baignée dans le militantisme
Pour Morgane Lahlou-Manière, aujourd'hui âgée de 25 ans, l'engagement syndical a coloré chaque aspect de son enfance. Suivre sa mère en manifestation, l'aider à distribuer des tracts ou l'accompagner aux réunions syndicales après l'école constituaient son quotidien ordinaire. Elle se souvient avec émotion des dessins « On ne touche pas à l'hôpital » qu'elle préparait à seulement 13 ans pour décorer la voiture de tête des cortèges, des pancartes qu'elle tenait fièrement, et des discussions politiques qui animaient naturellement les repas familiaux.
« Les barbecues pendant les assemblées générales, le muguet que je ramassais la veille du 1er-Mai pour la manifestation du lendemain, tout cela faisait partie de mon éducation », confie-t-elle. Pourtant, aujourd'hui encartée à la Confédération générale du travail (CGT), cette jeune syndicaliste se retrouve confrontée à une question délicate : faut-il afficher ouvertement son militantisme sur son lieu de travail ? Une interrogation qui témoigne des nouvelles réalités du syndicalisme contemporain.
L'héritage familial et l'évolution des formes d'engagement
Pour Raphaëlle, la mère de Morgane âgée de 54 ans, le syndicalisme est venu « culturellement », nourri par les souvenirs familiaux de grands-parents résistants. Dès le milieu des années 1980, elle milite au lycée auprès de la Jeunesse communiste, suivant ainsi les traces de ses parents, eux-mêmes encartés au Parti communiste français (PCF).
Elle évoque avec nostalgie ce qu'elle appelle le « militantisme joyeux » de son père Gabriel : les grandes manifestations parisiennes organisées par le Mouvement pour la paix, la vente de L'Humanité le dimanche matin devant la boulangerie locale, et les réunions où elle accompagnait sa mère, alors trésorière de la section du PCF, pour récolter les timbres des cotisations.
« Aujourd'hui, le contexte a radicalement changé », analyse Raphaëlle. « Nous sommes davantage dans des batailles de résistance que dans des offensives syndicales. Le dialogue social s'est complexifié, et les formes d'engagement ont évolué avec leur époque. »
Trois générations, trois visions du syndicalisme
La grand-père Gabriel incarnait le militantisme des Trente Glorieuses, période de croissance économique et de conquêtes sociales. Raphaëlle a connu la transition des années 1980-1990, marquée par les restructurations industrielles et l'émergence de nouveaux enjeux sociaux. Morgane, quant à elle, représente la génération actuelle, confrontée à la précarisation croissante du travail et aux défis de la mondialisation.
Cette famille dijonnaise illustre parfaitement comment le syndicalisme français s'est transformé au fil des décennies :
- Des grandes manifestations unitaires aux actions plus ciblées
- D'un engagement politique fortement lié au PCF à un syndicalisme plus diversifié
- D'une visibilité sociale assumée à une certaine prudence dans l'affichage militant
Leur témoignage collectif offre un panorama unique de l'histoire syndicale française, depuis les combats ouvriers traditionnels jusqu'aux défis contemporains de la représentation des travailleurs. À travers leur parcours familial, c'est toute l'évolution des relations sociales en France qui se dessine, avec ses espoirs, ses transformations et ses nouvelles réalités.



