La transparence salariale, une réforme européenne qui arrive en France
À compter du 7 juin 2026, les entreprises françaises devront intégrer une nouvelle politique de transparence salariale dans leur fonctionnement. Cette obligation découle d'une directive européenne adoptée le 10 mai 2023, qui doit être transposée dans le droit français avant cette date. L'objectif principal est clair : améliorer la transparence en matière de rémunération pour réduire les inégalités salariales entre les femmes et les hommes.
Une mesure qui concerne principalement les entreprises de plus de 50 salariés
Cette directive s'appliquera obligatoirement aux entreprises comptant au moins 50 salariés. Cependant, le gouvernement précise que les entreprises ayant un effectif inférieur à 50 salariés peuvent également choisir de mettre en œuvre les mesures prévues. Cette nuance laisse une certaine marge de manœuvre aux plus petites structures, qui pourraient être moins préparées à cette révolution culturelle.
"L'initiative peut coûter cher socialement"
Si le principe de transparence salariale est généralement perçu comme vertueux, sa mise en œuvre concrète suscite de vives inquiétudes parmi les professionnels des ressources humaines. Emmanuelle Germani, vice-présidente de l'Association Nationale des Directeurs de Ressources Humaines (ANDRH), résume bien cette ambivalence : "L'initiative peut être vertueuse, mais elle peut coûter cher socialement".
La crainte principale concerne la dégradation potentielle du climat social au sein des entreprises. Laurence Breton-Kueny, vice-présidente déléguée de l'ANDRH, souligne le défi culturel : "En France, c'est toujours compliqué de parler d'argent, ce n'est pas dans la culture française. Cette mesure va engendrer des changements importants que l'on ne doit pas sous-estimer".
Trois obligations principales pour les entreprises
Selon Saber Zouggarh, DRH au siège français du groupe Syngenta à Aigues-Vives (Gard) et président de l'ANDRH Languedoc-Roussillon, la directive impose trois obligations principales :
- Informer les candidats dès le processus de recrutement sur les politiques salariales
- Fournir des informations claires aux collaborateurs en poste
- Réaliser une étude approfondie sur les écarts de rémunération entre hommes et femmes
Cette dernière obligation nécessite un travail d'évaluation avec les représentants du personnel, ce qui ajoute une certaine complexité organisationnelle.
Un défi particulièrement important pour les petites entreprises
L'inquiétude est palpable chez les entreprises de taille modeste. Lucille Roubault, directrice des ressources humaines chez Imaios, une entreprise montpelliéraine spécialisée dans l'imagerie médicale et le e-learning, explique : "Pour l'heure, en tant qu'entreprise de moins de 50 salariés, nous ne savons pas avec précision si nous serons concernés à court terme".
Pourtant, les fondateurs de son entreprise ont anticipé cette évolution. "Ils ont tenu à travailler très tôt sur la question de la transparence salariale, en estimant que cela va entrer dans les mœurs", précise-t-elle. Cette démarche répond également à une demande croissante des collaborateurs actuels et futurs.
Une préparation encore insuffisante
L'ANDRH a mené une enquête interne révélant que les entreprises françaises sont encore largement non préparées à cette réforme. Les chiffres sont éloquents :
- 78% des entreprises interrogées n'ont pas mis en place de politique de rémunération structurée
- 15% pointent le risque de tensions internes comme principal défi
- 14,5% redoutent la charge de travail liée à la mise en œuvre
- 14% identifient le défi culturel et managérial comme obstacle majeur
Un changement de paradigme dans la culture française
Saber Zouggarh insiste sur l'ampleur du travail à réaliser : "Il y a un vrai travail de fond à réaliser. Nous devons avoir une bonne analyse des classifications des emplois et une connaissance précise des écarts de salaires". Il souligne également la nécessité d'une "conduite très pointue du changement" face à cette "nouvelle façon d'appréhender le principe de la rémunération, qui, en France, reste tabou".
Des outils existants mais insuffisants
L'ANDRH rappelle que la France dispose déjà d'un outil structurant avec l'Index de l'égalité professionnelle femmes-hommes. Les résultats montrent que 94% des entreprises obtiennent une note supérieure ou égale à 75 sur 100. Cependant, cet outil ne couvre pas toutes les dimensions de la transparence salariale exigée par la nouvelle directive européenne.
Malgré la légitimité reconnue du sujet, l'association souligne que cette réforme reste "anxiogène" car elle "touche à des dimensions sensibles du fonctionnement des organisations : le rapport à l'argent, la reconnaissance, l'équité, la hiérarchie et le management".
Alors que la date du 7 juin 2026 approche, les entreprises françaises doivent accélérer leur préparation pour relever ce défi à la fois technique et culturel, qui promet de transformer durablement les pratiques en matière de rémunération.



