Le télétravail, une révolution durable née de la pandémie
Depuis le 17 mars 2020, date marquant le début du premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, le télétravail s'est imposé comme un véritable acquis social pour de nombreux salariés, particulièrement pour les cadres. Alors que seuls 4% des salariés du privé télétravaillaient au moins une fois par mois avant la crise sanitaire, ce chiffre est passé à 22% en 2024. Une transformation profonde qui concerne désormais près des deux tiers des cadres travaillant régulièrement à distance, contre seulement un employé sur dix.
Des reculs médiatisés mais limités dans la réalité
Ces derniers mois, certaines entreprises médiatiques comme la Société générale ou Stellantis ont annoncé des restrictions concernant le travail à distance, réduisant parfois drastiquement le nombre de jours autorisés. Ces annonces ont alimenté la presse économique et laissé présager un retour massif au bureau. Pourtant, une nouvelle étude de l'APEC (Association pour l'emploi des cadres) publiée ce jeudi révèle une réalité bien différente.
« Malgré quelques reculs isolés », le télétravail reste « solidement ancré » dans les entreprises françaises selon l'association. Les chiffres sont éloquents : en 2025, seulement 9% des entreprises ont supprimé ou diminué le nombre de jours de télétravail possibles pour leurs cadres. À l'inverse, 2% ont augmenté ces possibilités et surtout, 89% des entreprises n'ont pas modifié leur politique en la matière.
Une pratique devenue pilier du statut cadre
L'APEC érige même le télétravail au rang de « pilier essentiel du statut cadre ». Marion Desreumaux, cheffe de projet d'étude à l'APEC, explique : « Il est perçu comme un signe de confiance et une reconnaissance de l'autonomie inhérente à leur statut ».
Contrairement aux idées reçues, ce sont principalement les TPE (moins de dix salariés) et les PME (moins de 250 salariés) qui ont restreint les possibilités de télétravail, avec respectivement 8% et 10% de réductions. Les ETI et grandes entreprises ne sont concernées qu'à hauteur de 5%. « Ces entreprises perçoivent davantage de risques à opérer un tel recul que les petites, notamment pour leur image », analyse Marion Desreumaux.
Des risques concrets pour les entreprises récalcitrantes
Les entreprises pratiquant le télétravail en reconnaissent largement les bénéfices :
- 45% jugent son impact positif sur la productivité
- 67% sur la qualité de vie au travail
Elles anticipent également des conséquences négatives en cas de retour en arrière :
- Difficultés de recrutement (38%)
- Baisse d'engagement des collaborateurs (33%)
- Démissions (23%)
« Les difficultés de recrutement des cadres demeurant aiguës, renoncer au télétravail reviendrait, pour beaucoup d'entreprises, à se tirer une balle dans le pied », estime la spécialiste.
Une attente forte du côté des cadres
Du côté des salariés concernés, les attentes sont claires : 74% des cadres se déclarent mécontents à l'idée d'une réduction de leurs jours de télétravail, et 29% envisageraient de démissionner. En cas de suppression totale, cette proportion grimpe à 48% prêts à changer d'employeur.
« Revenir en arrière placerait les employeurs en porte-à-faux avec leurs engagements croissants en faveur du bien-être et de la santé des collaborateurs », souligne Marion Desreumaux.
Des infrastructures déjà adaptées
Les entreprises ont par ailleurs déjà transformé leurs espaces de travail pour s'adapter au télétravail. Plus d'un cadre sur quatre travaille désormais en « flex office », sans bureau attitré. « Les espaces ont muté : on privilégie désormais les salles de réunion au détriment des postes fixes. Inverser cette tendance nécessiterait des investissements considérables », remarque l'experte.
Une flexibilité grandissante
La flexibilité constitue un autre aspect essentiel du télétravail moderne :
- 61% des cadres peuvent modifier leurs jours de télétravail chaque semaine
- 47% en cas d'imprévu, sans validation managériale
« Cette liberté dans l'organisation de leur travail est un avantage essentiel aux yeux des cadres, un pilier identitaire désormais associé aux possibilités de travail hybride », commente l'APEC.
Des perspectives stables pour 2026
Les perspectives pour 2026 confirment cette tendance à la stabilisation : 94% des entreprises envisagent de maintenir leur politique de télétravail, et seulement 3% prévoient de la restreindre. « L'APEC n'a pas vocation à émettre des recommandations normatives, mais nos chiffres soulignent un risque réel en termes d'image employeur et de rétention. Si l'objectif est de croître et d'attirer des talents, le télétravail est un levier incontournable », conclut Marion Desreumaux.
L'experte ajoute : « Quant à l'argument de la cohésion d'équipe ou de la culture d'entreprise, nos enquêtes sur le management montrent que le télétravail n'est pas incompatible avec ces dimensions ».
Ces données proviennent d'un double sondage mené par l'APEC en décembre 2025 auprès de 2 000 cadres et 1 000 entreprises employant au moins un cadre. En comparaison européenne, selon Eurostat, la France se distingue avec 22,8% de télétravailleurs parmi les salariés de 15 à 64 ans en 2024, contre une moyenne européenne de 14,2%.



