Journalisme à Paris : le salaire de 1 950 euros net de Léa révèle la précarité du métier
Salaire journaliste Paris : 1 950 euros net, la précarité dévoilée

Journalisme à Paris : le salaire de 1 950 euros net de Léa révèle la précarité du métier

1 950 euros net par mois après impôts. C'est le revenu que perçoit Léa*, une journaliste d'une vingtaine d'années travaillant dans la presse écrite à Paris. En contrat à durée déterminée depuis près d'un an, après avoir évolué dans plusieurs rédactions parisiennes, cette jeune professionnelle brise immédiatement le mythe du journaliste bien rémunéré.

« C'est un secret de Polichinelle : les journalistes, et les journalistes juniors en particulier, sont assez mal payés », confie-t-elle. Son salaire brut s'élève à 2 500 euros mensuels.

Les chiffres officiels de la profession

Selon les données de l'Observatoire des métiers de la presse, transmises par la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, le salaire médian des journalistes en CDI atteignait 3 560 euros brut en 2023. Cependant, d'importantes disparités existent selon le statut professionnel :

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  • Les journalistes en CDD perçoivent en moyenne 2 958 euros brut
  • Les pigistes touchent seulement 1 951 euros brut en moyenne

Le type de média constitue également un facteur déterminant. Un journaliste en CDI dans une chaîne de télévision privée peut gagner jusqu'à 4 920 euros brut, tandis qu'un titulaire en presse quotidienne régionale se contente de 3 235 euros brut. Mais la variable la plus significative reste l'âge : les moins de 26 ans perçoivent en moyenne 2 054 euros brut, contre 3 705 euros pour les 36-45 ans.

« Si j'avais voulu être riche, j'aurais choisi un autre métier », sourit Léa, qui a opté pour la presse écrite, moins rémunératrice que l'audiovisuel.

Le CDI, un Graal inaccessible

Depuis toujours, Léa a souhaité devenir journaliste. « J'ai le sentiment que c'est un métier qui sert à quelque chose », affirme-t-elle. Elle reconnaît cependant appartenir à une profession fortement critiquée : 61% des Français estiment qu'il faut se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d'actualité, selon le baromètre La Croix-Verian-La Poste.

« Je comprends que certains nous regardent avec méfiance. Ils ont parfois le sentiment que ce dont on parle ne les concerne pas directement, que nous sommes déconnectés de la réalité du pays », admet la jeune femme. « Ce qui me touche davantage, ce sont les théories complotistes et les accusations de manipulation systématique... »

Actuellement en CDD, son avenir professionnel reste incertain. Le secteur de la presse traverse une crise profonde, et les offres de CDI se font rares, particulièrement pour les plus jeunes. « De toute façon, j'ai toujours su que la presse était un milieu précaire », déclare-t-elle, ayant elle-même expérimenté le pigisme. « J'espère un jour décrocher un CDI. Même si le principe de la pige me plaît, l'instabilité qui y est associée m'effraie. »

Un studio de 19 m² à 770 euros : la réalité parisienne

Comment vit-on seul avec 1 950 euros à Paris ? « C'est difficile. Il y en aura toujours pour dire que 1 950 euros, c'est correct. C'est vrai, mais à Paris, c'est très différent. Heureusement que je ne veux pas un deux-pièces ! »

Avec son salaire, elle ne peut louer qu'un studio de 19 m² dans le sud de Paris, pour 770 euros mensuels. Avant même de régler ses charges, 40% de son revenu est absorbé par un logement de la superficie d'un studio Crous. « C'est le maximum que je puisse m'offrir à Paris... »

Après avoir payé ses factures essentielles :

  • Électricité : 33 euros
  • Assurance habitation : 6,60 euros
  • Internet et forfait téléphonique : 58 euros
  • Pass Navigo : 90,80 euros
  • Courses alimentaires : 150 euros

Elle doit encore assumer divers abonnements :

  1. Services de streaming : 50 euros
  2. Salle de sport : 35 euros
  3. Presse : 35 euros
  4. Cloud : 15 euros

S'ajoutent les dépenses pour restaurants et sorties (60 euros), cigarettes (75 euros) et son plaisir coupable : des lattes achetés au café en bas de chez elle (70 euros).

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« J'ai la chance d'avoir un Lidl et une épicerie antigaspillage à proximité, ce qui m'aide beaucoup à contenir mon budget. D'autant que je ne mange pas de viande et que je ne prends pas de petit-déjeuner », explique-t-elle.

Une relation à distance financièrement lourde

Son compagnon vit à Londres depuis quelques mois pour des raisons professionnelles. Pouvant télétravailler, contrairement à lui, elle effectue deux voyages mensuels au Royaume-Uni, pour environ 100 euros l'aller-retour en Eurostar.

« Mais c'est parce qu'on réserve le plus tôt possible ! Sinon, ce serait bien plus cher. Nous avons d'ailleurs tout réservé jusqu'en juillet pour nous assurer de nous voir régulièrement sans payer trop cher », précise-t-elle.

En fin de mois, il ne lui reste généralement que moins de 100 euros. « Je ne suis pas toujours à découvert, mais ça arrive », admet-elle. Faute de stratégie d'épargne régulière, elle ne met de côté que les rentrées d'argent exceptionnelles. Son objectif : se constituer un matelas de sécurité équivalent à six mois de salaire. « Je n'ai pas encore fixé d'échéance, mais c'est l'objectif », confirme-t-elle.

« J'ai complètement abandonné l'idée d'être un jour propriétaire »

« Quand je regarde mon compte, je culpabilise de certains achats. Mais je n'arrive pas toujours à m'en empêcher », lâche Léa, non sans une certaine anxiété face à sa gestion budgétaire. « C'est lié à mon éducation. J'ai grandi avec des parents fonctionnaires dans la fonction publique hospitalière, porteurs de cette inquiétude diffuse autour de l'argent : il faut faire attention, il faut mettre de côté. »

Dans le prolongement de cette anxiété financière, Léa a « complètement abandonné » l'idée d'être un jour propriétaire à Paris. « Même en épargnant rigoureusement chaque mois, mon salaire de journaliste ne me permettra pas, avant de très longues années, de me constituer un apport suffisant pour acheter un studio », confie-t-elle, résignée.

La niche fiscale des journalistes : un avantage justifié ?

Pour alléger sa charge fiscale, Léa bénéficie de la niche fiscale des journalistes, une déduction de 7 650 euros de ses revenus imposables, qui la rend de facto non imposable au vu de ses revenus. Si certains souhaitent remettre en cause cet avantage, elle juge qu'au regard « de la précarité de notre métier », il est justifiable.

« Avec nos petits salaires, c'est une mesure qui me semble tout à fait légitime », tranche-t-elle. « Cela dit, il serait évidemment préférable que nos salaires soient plus élevés et que cette niche n'existe pas. »

Elle conclut : « Être journaliste, c'est accepter des périodes de précarité. Mais heureusement qu'il n'y a pas que ça. Au quotidien, je me sens utile. On rencontre des nouveaux profils en permanence, c'est stimulant intellectuellement, et ce métier donne accès à des réalités auxquelles on n'aurait jamais accès autrement. Et surtout, il n'y a pas de routine ! »

*Le prénom a été modifié.