Réponse à Ruffin : l'immigration de travail, une nécessité démographique
Réponse à Ruffin : immigration de travail, nécessité démographique

Réponse à François Ruffin : l'immigration de travail, une nécessité démographique

Dans une tribune publiée dans Le Nouvel Obs, Étienne Allais, ancien dirigeant de SOS Racisme et membre du Conseil national du Parti socialiste, répond à François Ruffin, député de la Somme, qui s'est déclaré « hostile à l'immigration pour le travail ». Allais estime que la réalité démographique ne peut être ignorée et que sans immigration, la France manquera de bras pour son économie, ses retraites et les soins aux aînés.

Allais commence par concéder à Ruffin un point essentiel : il est inacceptable que des médecins étrangers soient sous-payés dans le système de santé français. Il dénonce l'exploitation de professionnels formés ailleurs, souvent dans des pays qui auraient besoin de leurs compétences. Cependant, il diverge sur l'analyse : le problème n'est pas la présence de médecins étrangers, mais un système qui permet de les sous-payer et de les précariser. Fermer les frontières ne résoudrait pas le problème ; le système trouverait d'autres variables d'ajustement.

Retour sur l'histoire de l'immigration de travail

Allais rappelle que l'immigration de travail dans l'industrie d'après-guerre répondait à un besoin réel de main-d'œuvre en période de croissance. Le problème n'était pas l'immigration, mais l'absence d'égalité des droits. Les mineurs du Nord et les chibanis de la SNCF ont été exploités non pas parce qu'ils étaient immigrés, mais parce qu'on leur a refusé les mêmes droits et protections que leurs collègues français.

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Il souligne que la proportion d'immigrés en France a diminué après les chocs pétroliers jusqu'à la fin des années 1990, tandis que la désindustrialisation s'est poursuivie et accélérée. Les plans sociaux et les délocalisations ont des causes indépendantes de la présence de travailleurs étrangers.

L'exemple du Brexit

Allais cite l'exemple du Brexit comme laboratoire : après la sortie de l'UE, le Royaume-Uni a vu partir massivement les travailleurs européens, entraînant des pénuries. Malgré des hausses de salaires, les métiers sont restés peu attractifs, et le gouvernement a dû rouvrir l'immigration extra-européenne. Le système a simplement remplacé des Polonais par des Indiens, sans améliorer les conditions de travail.

La réalité démographique

Il insiste sur le vieillissement de la population française et européenne. Le ratio actifs/retraités se dégrade, et sans immigration, il sera impossible de financer les retraites et de prendre soin des aînés. L'investissement dans la formation ne peut pas compenser le manque de naissances.

L'Europe comme solution

Allais critique le repli national et prône une Europe qui harmonise par le haut les droits sociaux, investit dans la formation et les services publics, et interdit le dumping social. Il appelle à l'égalité des droits pour tous les travailleurs, quelle que soit leur origine, et à la régularisation des sans-papiers pour empêcher l'exploitation.

Il conclut en exhortant la gauche à mener le combat de l'internationalisme, non celui de la fermeture, et à construire un front commun entre travailleurs français et étrangers.

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