Une pause déjeuner précipitée dans un restaurant populaire de Mexico
Attablés dans un établissement modeste d'un quartier résidentiel de la capitale mexicaine, Arturo, 23 ans, et Luis, 36 ans, avalent rapidement leur repas. Ils doivent impérativement regagner le centre d'appels voisin avant que la pointeuse n'enregistre la fin de leur pause déjeuner de trente minutes, ce mardi 3 mars.
Des journées de travail interminables
Les deux hommes, qui ont souhaité garder l'anonymat, consacrent six jours par semaine et huit heures par jour à assurer l'assistance téléphonique pour une compagnie d'assurances, dans un immeuble vitré. Leur unique jour de repos est souvent absorbé par les tâches domestiques, les courses ou la cuisine, laissant peu de place à la vie personnelle.
« On n'a pas l'opportunité de prendre du temps, de voir des amis ou de prendre soin de nous », déplore Arturo. Il se considère pourtant comme un privilégié, car il réside à seulement quarantaine de minutes de son lieu de travail. En revanche, ses collègues habitant en périphérie passent plus de quatre heures quotidiennes dans les transports. « Ils arrivent chez eux, dorment et repartent », souffle-t-il, dépeignant une réalité épuisante.
Une réforme constitutionnelle historique
Arturo et Luis font partie des 64 % de salariés mexicains qui travaillent quarante-huit heures ou plus par semaine, selon une législation inchangée depuis 1917. Cette situation devrait évoluer avec la réforme constitutionnelle entrée en vigueur ce mardi 3 mars. Le gouvernement de Claudia Sheinbaum cherche ainsi à réduire progressivement la semaine de travail à quarante heures d'ici 2030.
Des doutes sur l'application concrète
Malgré cette avancée législative, Luis exprime des réserves quant à son application effective. « Il faut voir comment elle est appliquée, parce que la loi ne mentionne pas les deux jours de repos, et il reste à voir si les entreprises nous obligent à faire plus d'heures supplémentaires », avertit-il. Cette inquiétude souligne les défis persistants pour améliorer réellement les conditions de travail au Mexique.
La réforme, bien que saluée, se heurte ainsi à des pratiques ancrées et à des réalités économiques qui pourraient en limiter l'impact. Les travailleurs comme Arturo et Luis attendent désormais des signes concrets de changement dans leur quotidien professionnel.



