Le gouvernement bloque une hausse salariale cruciale pour l'aide à domicile
Les employeurs associatifs de l'aide à domicile ont exprimé leur profonde déception ce vendredi suite au refus du gouvernement d'agréer une augmentation des rémunérations dans un secteur confronté à une pénurie de main-d'œuvre croissante. Cette décision intervient alors que les besoins en services à domicile augmentent significativement avec le vieillissement de la population.
Un accord historique rejeté par l'État
En octobre dernier, un accord historique avait été conclu entre l'organisation patronale USB-Domicile - qui rassemble l'ADMR, l'UNA, Adedom et FNAAFP-CSF - et les syndicats CGT et CFDT. Cet accord prévoyait une hausse de 64 euros bruts minimum par mois pour les professionnels du secteur, formalisé par la signature de l'avenant 72 à la convention collective de la branche de l'aide, l'accompagnement, les soins et services à domicile.
"Cette hausse visait à rattraper le Smic et lutter contre le tassement des rémunérations", explique Anne Cousin, directrice de la fédération Una. Elle précise qu'actuellement, 40% des rémunérations conventionnelles se situent sous le seuil du Smic, créant une situation financière précaire pour de nombreux travailleurs.
Trois refus successifs depuis 2025
Dans un arrêté publié jeudi, le ministère de la Santé a officiellement fait connaître son refus d'agréer cet accord salarial. Selon Anne Cousin, c'est la troisième fois depuis 2025 que l'État refuse d'agréer des avenants prévoyant une augmentation des rémunérations, pourtant négociés de bonne foi par les syndicats et les employeurs de cette branche associative.
L'USB-Domicile a réagi vivement dans un communiqué : "En refusant cet agrément, les pouvoirs publics assument d'aggraver la situation déjà critique des services d'aide à domicile, aujourd'hui exsangues". L'organisation souligne que ces services "se voient privés des moyens humains nécessaires" pour remplir leurs missions essentielles auprès des personnes les plus vulnérables, principalement des personnes âgées ou handicapées.
Un secteur féminisé en grande difficulté
Cette décision gouvernementale risque de "paupériser les professionnels", selon l'USB-Domicile, qui rappelle que ces travailleurs sont très majoritairement des femmes. Beaucoup sont des mères de familles monoparentales qui travaillent à temps partiel et perçoivent donc un smic partiel, les exposant particulièrement à la dégradation du pouvoir d'achat, actuellement aggravée par la forte hausse des prix du carburant.
Le secteur emploie à 95% des femmes et a connu une érosion alarmante de ses effectifs de 15% ces dernières années. Cette diminution est largement attribuée à la faiblesse des rémunérations, alors même que les besoins augmentent avec la hausse de la dépendance et le vieillissement démographique.
La situation crée un paradoxe inquiétant : au moment où la demande de services d'aide à domicile explose, le secteur perd continuellement des professionnels qualifiés, compromettant la qualité et la continuité des soins pour les populations les plus fragiles.



