Les open spaces épuisent notre cerveau : une étude révèle l'impact cognitif du travail en bureau partagé
Open spaces : comment ils fatiguent notre cerveau

Les open spaces : un défi cognitif pour le cerveau des salariés

Depuis la pandémie, de nombreux salariés ont fui les bureaux traditionnels pour privilégier la tranquillité de leur domicile. Cette transformation a conduit à une réduction discrète des surfaces de bureaux dans le monde entier. Les organisations, confrontées à la généralisation du travail hybride, n'ont plus besoin d'autant d'espace ni de postes de travail fixes. Cependant, les jours où davantage d'employés se rendent au bureau, les espaces de travail peuvent devenir nettement plus animés et bruyants.

Malgré l'attention portée au retour des salariés dans les locaux professionnels, peu d'études se sont penchées sur les effets spécifiques du travail en open space. Or, de nouvelles recherches confirment ce que beaucoup soupçonnaient : dans ces environnements ouverts, notre cerveau doit fournir un effort considérablement plus important que dans des bureaux individuels.

Une étude révélatrice sur l'activité cérébrale

Dans une étude récemment publiée, des chercheurs d'une université espagnole ont équipé 26 personnes, âgées de vingt à soixante ans, de casques d'électroencéphalogramme sans fil. Ces dispositifs permettent de mesurer l'intensité de l'activité cérébrale en enregistrant les signaux électriques du cerveau grâce à des capteurs placés sur le cuir chevelu.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les participants ont réalisé des tâches simulant un travail de bureau classique : surveillance de notifications, lecture et réponse à des courriels, mémorisation et restitution de listes de mots. Chaque personne a été observée dans deux environnements distincts : un espace de travail en open space avec des collègues à proximité, et une petite cabine de travail fermée dotée de panneaux vitrés transparents.

Des schémas cérébraux radicalement différents

Les chercheurs se sont concentrés sur les régions frontales du cerveau, responsables de l'attention, de la concentration et de la capacité à filtrer les distractions. Ils ont mesuré différents types d'ondes cérébrales correspondant à des états mentaux spécifiques :

  • Ondes gamma : associées aux tâches nécessitant une forte concentration
  • Ondes bêta : liées à un niveau d'anxiété plus élevé et à des états actifs
  • Ondes alpha : correspondant à un état détendu avec attention passive
  • Ondes thêta : associées à la relaxation profonde et à l'attention intérieure
  • Ondes delta : correspondant au sommeil profond

L'étude a révélé que les mêmes tâches produisaient des schémas cérébraux complètement opposés selon l'environnement. Dans la cabine fermée, les ondes bêta et alpha diminuaient nettement au fil de l'expérience, indiquant que le cerveau nécessitait de moins en moins d'efforts pour accomplir les mêmes activités.

À l'inverse, dans l'open space, les ondes gamma (associées aux processus mentaux complexes) et thêta (reflétant la mémoire de travail et la fatigue mentale) augmentaient continuellement. Deux indicateurs clés ont également progressé significativement : l'éveil (niveau d'alerte cérébrale) et l'engagement (effort mental mobilisé).

Le cerveau sollicité au maximum

Ces résultats démontrent que dans les open spaces, le cerveau des participants devait travailler davantage pour maintenir le même niveau de performance. Même lorsque nous tentons d'ignorer les distractions environnantes, notre cerveau doit dépenser une énergie mentale considérable pour les filtrer.

La cabine de travail, en éliminant la majorité des bruits de fond et des perturbations visuelles, permettait au cerveau de fonctionner plus efficacement. Les chercheurs ont également observé une variabilité importante dans les réactions individuelles, suggérant que nous ne sommes pas tous également sensibles aux distractions des espaces ouverts.

Stress accru et humeur négative

Bien que cette étude espagnole ne porte que sur 26 participants, ses résultats font écho à un ensemble important de recherches menées au cours de la dernière décennie. Une étude réalisée en 2021 a mis en évidence une relation causale significative entre le bruit des open spaces et le stress physiologique.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

En analysant 43 participants grâce à des mesures de fréquence cardiaque, de conductivité cutanée et d'une analyse des émotions faciales par intelligence artificielle, les chercheurs ont constaté que l'humeur négative augmentait de 25% dans les bureaux ouverts, tandis que le stress physiologique progressait de 34%.

Une autre recherche a montré que les conversations en arrière-plan et les environnements bruyants peuvent dégrader les performances dans les tâches cognitives et accroître la distraction chez les travailleurs. Une analyse menée en 2013 auprès de plus de 42 000 employés de bureau aux États-Unis, en Finlande, au Canada et en Australie a confirmé que ceux travaillant en open space étaient moins satisfaits de leur environnement, principalement à cause du bruit accru et du manque de confidentialité.

La charge cognitive : un problème sous-estimé

De la même manière que des chaises mal conçues peuvent provoquer des contraintes physiques, des années de recherche ont démontré que l'aménagement des espaces de travail peut générer une charge cognitive importante. La capacité à se concentrer sans interruptions ni distractions constitue pourtant une exigence fondamentale du travail intellectuel moderne.

Malheureusement, la valeur d'un travail sans interruption reste largement sous-estimée dans la conception des espaces professionnels. Il devient essentiel de créer des zones permettant aux salariés d'adapter leur environnement de travail à la nature des tâches qu'ils doivent accomplir.

Des solutions concrètes pour les organisations

Pour s'adapter à la généralisation du travail hybride après la pandémie, certaines entreprises innovantes ont déjà repensé leurs espaces. LinkedIn, par exemple, a réduit de moitié le nombre de postes de travail en open space dans son siège principal de San Francisco et a expérimenté 75 types d'espaces différents, incluant des zones dédiées au travail en concentration silencieuse.

Pour les organisations soucieuses du bien-être cognitif de leurs employés, plusieurs mesures concrètes peuvent être envisagées :

  1. Création de différentes zones de travail adaptées à diverses activités
  2. Installation de traitements acoustiques et de technologies de masquage sonore
  3. Placement judicieux de cloisons pour réduire les distractions visuelles et auditives
  4. Offre d'espaces de concentration individuelle

Même si l'ajout de ces aménagements représente un investissement initial plus important qu'un open space classique, cet effort peut s'avérer rentable à long terme. Des recherches ont en effet révélé le coût caché considérable d'une mauvaise conception des bureaux sur la productivité, la santé et la fidélisation des employés.

Offrir aux salariés davantage de choix concernant leur exposition au bruit et aux interruptions n'est pas un luxe, mais une nécessité. Pour travailler plus efficacement tout en sollicitant moins notre cerveau, une meilleure conception des espaces de travail doit devenir une priorité pour toutes les organisations modernes.