IA et emploi des jeunes : la Mission locale Antipolis face au boomerang numérique
IA et emploi des jeunes : la Mission locale Antipolis en première ligne

Michelle Dô, nouvelle directrice de la Mission locale Antipolis, qui couvre l'agglomération Sophia Antipolis, alerte sur les nouvelles difficultés rencontrées par les jeunes dans leur recherche d'emploi, notamment liées à l'intelligence artificielle (IA). Après 20 ans passés au sein de la structure, elle connaît bien les problématiques des 16-25 ans déscolarisés sur ce territoire dynamique mais complexe.

L'IA, un boomerang pour les jeunes

Selon Michelle Dô, l'IA représente un défi majeur. « Beaucoup souffrent d'une fracture numérique. Ils ne savent pas mettre les choses en perspective. Ils sont donc davantage victimes de ces usages qui se développent. Certains utilisent l'IA pour écrire leurs lettres de motivation ou pour préparer un entretien. Et ils se prennent un boomerang en pleine figure, parce qu'il y a un décalage entre ce qu'ils ont produit et la réalité de l'entretien », explique-t-elle. La Mission locale déconseille un usage systématique de l'IA, même si les employeurs y recourent de leur côté.

Un territoire en tension

Le territoire de Sophia Antipolis est « à la fois dynamique et en tension sur tous les emplois de service », souligne la directrice. Bien qu'il y ait de l'emploi, le chômage des jeunes reste élevé. « Quand on a des difficultés sociales, c'est difficile. Certains jeunes, notamment les décrocheurs du système scolaire qui n'ont pas d'accompagnants par les familles ou l'Éducation nationale, se retrouvent en accompagnement à la Mission locale. On a alors à faire à des problématiques d'estime de soi, de santé mentale », précise-t-elle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Accompagnement global et remobilisation

La Mission locale ne se limite pas à l'emploi : elle agit sur le bien-être et l'estime de soi via des chantiers, du sport, des ateliers citoyens et des partenariats associatifs. « Nous ne sommes pas des soignants, donc on ne travaille la santé mentale qu'en développant le bien-être, l'estime de soi. Pas en abordant la pathologie en elle-même », insiste Michelle Dô. Un exemple récent : la réhabilitation de portes-fenêtres au Fort Carré, qui permet aux jeunes de se remobiliser avant d'envisager une formation ou un emploi.

La Gen Z face aux employeurs

La directrice constate un décalage entre les attentes des jeunes de la génération Z (nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) et celles des employeurs plus âgés. « Cela fait un moment que l'on affronte ces difficultés. Je parle de difficulté et non de progrès parce que si les jeunes ont changé, les employeurs continuent à vieillir et ont du mal à l'entendre. Alors, nous sommes là en intermédiation », explique-t-elle. Certains secteurs, comme la restauration, s'adaptent en proposant des journées sans coupure ou des horaires aménagés.

L'immersion professionnelle comme clé

L'immersion professionnelle non rémunérée est un outil efficace pour faire tomber les préjugés. « Quand on a un profil, on va le promouvoir auprès de l'entreprise, en accord avec le jeune, en expliquant que, même si le profil ne semble pas correspondre, il va falloir tenter sa chance et essayer de voir si la réalité des choses n'est pas un peu différente des idées reçues », détaille Michelle Dô. La vie est parfois faite de rencontres et de malentendus, ajoute-t-elle.

Des chiffres clés

La Mission locale Antipolis accompagne chaque année 2 200 jeunes, dont 1 100 en accompagnement renforcé. Parmi eux, 30 % repartent avec une formation ou un emploi. Ces chiffres illustrent l'ampleur de la mission sur un territoire où l'emploi de service est prédominant, mais où les jeunes peinent à trouver leur place.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale