Dans un entretien accordé à nos confrères, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, revient sur les mesures gouvernementales liées à la crise des carburants et à la revalorisation du smic. Il insiste sur le fait que les décisions salariales incombent aux chefs d'entreprise, tout en annonçant la tenue d'un comité national de suivi des salaires le 27 mai.
Prime carburants et liberté des entreprises
Interrogé sur le doublement de la prime carburants défiscalisée annoncé par Sébastien Lecornu, Jean-Pierre Farandou précise que rien n'oblige les entreprises à la verser. « Cela aidera les salariés dans les entreprises qui peuvent se le permettre », déclare-t-il, rappelant son expérience à la tête de la SNCF. « Les chefs d'entreprise sont libres de le faire. S'ils ne le font pas, ce ne sera pas à cause des charges ou des contraintes administratives », ajoute-t-il.
Négociations annuelles obligatoires (NAO) : une question de calendrier
À la question de savoir s'il serait judicieux de rouvrir les NAO face à l'inflation, comme le propose Marylise Léon, le ministre répond avec pragmatisme : « Le chef d'entreprise qui parle en moi vous dirait que dans NAO, le 'A' veut dire 'annuel'. » Il évoque toutefois la possibilité de clauses de revoyure en cours d'année, en fonction de l'inflation. « C'est à chaque entreprise de regarder », souligne-t-il, avant d'annoncer la réunion du comité national de suivi des salaires le 27 mai.
Objectif : conformité des minima de branche au smic
Ce comité aura pour mission de discuter de la conformité des minima conventionnels au smic et de rappeler les obligations de négociation. « Il faut s'assurer qu'au bout d'un moment, les minima conventionnels sont bien au niveau du smic dans toutes les branches », insiste Jean-Pierre Farandou. Actuellement, 44 branches restent sous le smic, avant même la réévaluation du 1er juin.
Le ministre écarte l'idée d'une méthode autoritaire : « Ce n'est pas ma méthode. Ce qu'il faut, c'est rappeler les règles du jeu, faire appel au sens des responsabilités. » Il rappelle que l'article 20 de la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 prévoit des pénalités pour les entreprises dont les minima ne sont pas conformes au smic pendant un an. « On ne met pas le couteau sous la gorge, mais si certaines entreprises se retrouvent dans cette situation à partir du 1er janvier, il pourrait y avoir des sanctions », prévient-il.
Aides à domicile : un accord en vue
Concernant les aides à domicile, souvent payées sous le smic, le ministre se félicite de la convergence vers un agrément d'un nouvel avenant qui revalorisera leurs rémunérations. Il précise que l'État écoute tous les acteurs, y compris les départements qui exprimaient des difficultés financières.
Rôle de l'État et des entreprises
Jean-Pierre Farandou rappelle que « ce n'est pas l'État qui décide des NAO » et que « la politique salariale, c'est bien le chef d'entreprise qui la détermine ». Le gouvernement peut agir via la revalorisation du smic (2,4 % au 1er juin), la prime d'activité pour 3 millions de foyers (50 euros de plus par mois à partir de juillet) et les aides conjoncturelles pour les gros rouleurs.
Interrogé sur une éventuelle contribution des grandes entreprises réalisant de gros profits, le ministre renvoie aux déclarations du Premier ministre : « Il n'y aura pas d'augmentation des impôts. »
Transparence salariale et directive européenne
Sur la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale, Jean-Pierre Farandou reconnaît des difficultés : « Il faut composer avec l'agenda parlementaire et des partenaires sociaux aux points de vue différents. » Il espère présenter le projet de loi en Conseil des ministres au début de l'été, avec un vote à l'automne. Les DRH réclament du temps, et une entrée en vigueur en janvier semble envisagée.
À la proposition de Marylise Léon de décaler le texte pour l'examiner avant le 1er mai, le ministre répond : « Il ne faut pas opposer la transparence salariale avec le 1er mai. » Il juge peu sérieux de débattre quinze jours avant cette date, alors que « 95 % du chemin » est parcouru.
Contrôles du 1er mai et boulangers
Jean-Pierre Farandou précise qu'aucune instruction n'a été donnée aux inspecteurs du travail pour cibler les boulangers et fleuristes le 1er mai, et que les contrôles sont restés dans le même ordre de grandeur que l'année précédente. Il défend l'appel de Sébastien Lecornu à un boulanger en infraction comme « une réponse de bon sens » pour soutenir les traditions.
Conférence Travail, Emploi, Retraite
La phase de concertation touche à sa fin, et le ministre se montre confiant : « J'en suis convaincu, mais il faut d'abord le demander aux partenaires sociaux ! » Les garants des débats rendront leurs conclusions après l'été. Jean-Pierre Farandou identifie trois sujets de progrès : les jeunes, l'IA et les arrêts de travail.
Un « new deal sur le travail » pour la présidentielle
Le ministre planche sur un « new deal sur le travail » avec des propositions concrètes. Il considère le travail comme « une charpente avec deux poutres maîtresses » : la création de richesses avant le partage, et le travail comme moyen d'épanouissement. Il souhaite approfondir la création et le partage de la valeur, la modernisation du management, l'adaptation aux nouvelles contraintes, et la prise en compte des bouleversements technologiques et écologiques.
Interrogé sur un éventuel candidat, il se dit « à l'aise avec l'ensemble du bloc central », avec des contacts allant du PS à LR. Il défend son bilan : changement des règles de l'assurance chômage des frontaliers (860 millions d'euros par an), lutte contre la fraude (1,5 milliard d'euros), plan pour l'emploi des jeunes et à venir pour les seniors, et accord sur les ruptures conventionnelles.



