Canicule : changement de régime climatique et du travail
Canicule : changement de régime climatique et du travail

Alors que la France subit une nouvelle vague de chaleur, les experts alertent sur la nécessité d'adapter le monde du travail à ce « changement de régime climatique ». Selon un rapport du ministère du Travail, près de 40 % des salariés français sont exposés à des températures excessives sur leur lieu de travail, un chiffre en hausse constante depuis 2015.

Des mesures d'urgence insuffisantes

Les pouvoirs publics ont activé le plan canicule, qui prévoit notamment l'obligation pour les employeurs de fournir de l'eau fraîche et de permettre des pauses régulières. « Mais ces mesures sont réactives, pas structurelles », déplore Anne-Sophie Joly, secrétaire générale de la CGT. « Nous sommes dans un changement de régime climatique, mais aussi un changement de régime du travail. Il faut repenser l'organisation du travail en profondeur. »

Dans le BTP, secteur particulièrement exposé, les chantiers s'arrêtent souvent entre 12h et 16h. « On perd des heures, mais la sécurité prime », témoigne un conducteur de travaux sur le chantier du Grand Paris. Selon la Fédération française du bâtiment, 15 % des heures travaillées en été sont perdues à cause de la chaleur.

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Le télétravail, solution partielle

Pour les cols blancs, le télétravail s'impose comme une réponse évidente. « Quand il fait 40°C à Paris, rester chez soi avec la climatisation est plus supportable », explique un cadre d'une start-up. Mais cette solution n'est pas accessible à tous : les ouvriers, les livreurs, les agriculteurs restent en première ligne.

Une étude de l'Insee publiée en mai montre que les inégalités face à la chaleur se creusent : les cadres ont 30 % de chances supplémentaires de pouvoir télétravailler en cas de canicule par rapport aux employés. « On assiste à une fracture thermique dans le monde du travail », résume la sociologue Marie Duru-Bellat.

Des aménagements durables à inventer

Certaines entreprises innovent. À Lyon, une usine de textile a installé des brumisateurs et des toits végétalisés, réduisant la température de 5°C en atelier. « L'investissement est rentabilisé par la baisse de l'absentéisme », affirme son directeur. D'autres misent sur les horaires décalés, comme dans les entrepôts logistiques où le travail de nuit se développe.

Mais ces initiatives restent marginales. Selon un sondage Ifop pour la Fondation pour la nature et l'homme, 68 % des salariés estiment que leur entreprise n'a pas pris de mesures suffisantes pour faire face aux canicules. « Il y a un décalage entre le discours et la réalité », commente le syndicaliste.

Le gouvernement, de son côté, planche sur un « plan national d'adaptation au changement climatique » qui devrait inclure des obligations plus strictes pour les employeurs. « On ne peut plus se contenter de réagir à chaque épisode de chaleur », a déclaré la ministre du Travail lors d'une conférence de presse. « Il faut anticiper et transformer nos modes de production. »

Vers une refonte du code du travail ?

Des voix s'élèvent pour intégrer la notion de « canicule » dans le code du travail, au même titre que le froid ou le bruit. « Actuellement, il n'y a pas de seuil légal de température maximale pour travailler », rappelle un avocat spécialisé. « C'est une lacune qui devient intenable avec le réchauffement. »

La question se pose aussi pour les travailleurs indépendants et les plateformes. Les livreurs à vélo, par exemple, ne bénéficient d'aucune protection spécifique. « On nous dit de nous hydrater, mais on n'a pas le droit de s'arrêter trop longtemps sous peine de perdre des missions », témoigne un coursier.

Alors que Météo-France prévoit des canicules de plus en plus fréquentes et intenses, le monde du travail est à un tournant. « C'est une question de santé publique et de justice sociale », conclut Anne-Sophie Joly. « Il est temps d'agir, pas seulement de s'adapter. »

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