Assistante maternelle dans le Val-d'Oise : 1 829 euros nets pour un métier exigeant et peu reconnu
Assistante maternelle : 1 829 euros nets pour un métier exigeant

Assistante maternelle dans le Val-d'Oise : 1 829 euros nets pour un métier exigeant et peu reconnu

1 829 euros nets d’impôts par mois. C’est le salaire que perçoit Francine, assistante maternelle depuis seize ans dans une commune d’environ vingt-cinq mille habitants du Val-d’Oise. À 47 ans, cette Francilienne garde à son domicile une fillette de deux ans et demi et un garçon de deux ans, près de 48 heures par semaine, pour 4,20 euros nets de l’heure par enfant, soit 8,40 euros nets lorsqu’elle en garde deux simultanément.

« Nous travaillons énormément pour un maigre salaire. 4,20 euros de l’heure… Accepteriez-vous de travailler pour cette somme ? », s’agace-t-elle. Un faible salaire pour des responsabilités importantes : « Être assistante maternelle ne se résume pas à la garde d’enfants : il s’agit d’un accompagnement familial et éducatif. Nous accueillons les enfants dix heures par jour, davantage que leurs propres parents au cours d’une journée de travail… C’est un métier exigeant, peu reconnu et insuffisamment rémunéré au regard du temps de travail et de l’engagement demandé. » Pour rappel, au 1er janvier 2026, le Smic horaire net a été revalorisé à 9,52 euros, mettant en lumière l’écart avec la rémunération des assistantes maternelles.

De mère au foyer à assistante maternelle : un parcours semé d’embûches

Cette passion pour la petite enfance remonte à l’adolescence de Francine. Après un BEP carrières sanitaires et sociales, une formation polyvalente touchant aussi bien aux soins qu’au travail auprès des enfants en crèche, elle a tenté d’obtenir un baccalauréat professionnel Sciences médico-sociales – aujourd’hui rebaptisé ST2S. En vain : « L’écart académique entre un BEP et un baccalauréat était insurmontable pour moi », admet-elle. Elle s’est alors orientée vers la grande distribution, où elle a travaillé comme caissière. À 25 ans, elle a donné naissance à sa première fille.

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Face à l’impossibilité d’obtenir des horaires compatibles avec la garde de son enfant, et faute de moyens pour employer elle-même une assistante maternelle, Francine a cessé de travailler. Après la naissance de son fils, elle est restée au foyer pour s’occuper de ses deux enfants. « C’est alors que j’ai décidé de devenir assistante maternelle. »

Après deux formations – une de 80 heures avant d’accueillir le premier enfant et une de 40 heures sur le temps de travail – et un agrément délivré par la Protection maternelle et infantile (PMI) l’autorisant à accueillir deux enfants, elle a reçu son premier enfant en garde. Un garçon dont elle se souvient parfaitement : « Il s’appelle Evan. Je l’ai accueilli en même temps que mon fils, qui n’était pas encore scolarisé. Nous sommes toujours en contact via Instagram ! »

965,01 euros pour la garde d’un enfant : une rémunération variable et fragile

Comme toutes les assistantes maternelles, Francine est salariée des parents qui lui confient leurs enfants. Le cadre de la garde est fixé dans le contrat de travail : périodes de vacances, horaires et rémunération. Comme elle accueille deux enfants, elle perçoit deux salaires mensuels, légèrement variables selon le nombre de jours travaillés, car aux salaires de base s’ajoutent des indemnités journalières – environ quatre euros par jour d’accueil.

Ainsi, Francine a perçu en janvier 965,01 euros pour la garde de la fillette de deux ans et demi, dont 88,28 euros d’indemnités journalières. « Lors de deux semaines de vacances, soit dix jours ouvrés, je perds plus de 40 euros de salaire par enfant. Et si l’enfant est malade – attesté par un certificat médical – et ne vient pas, je ne perçois pas davantage cette indemnité. » Ces indemnités couvrent l’électricité, l’achat de jouets… mais pas les repas. Dans le cas de Francine, ce sont les parents qui les préparent, ce qui allège un peu ses dépenses.

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Un abattement fiscal essentiel pour équilibrer le budget familial

Avec son mari, agent SNCF percevant environ 2 800 euros par mois net d’impôts, le couple dispose d’un revenu cumulé de 4 600 euros nets. Propriétaires d’un appartement de 78 m², ils remboursent 949 euros de mensualités. À cela s’ajoutent 325 euros de charges mensuelles de copropriété : « C’est considérable… Notre résidence accumule les problèmes : fuites d’eau, erreurs de facturation de Veolia sur quatre ans, flambée des tarifs du gaz, portail en panne à répétition… » Viennent ensuite 1 800 euros annuels de taxe foncière (soit 150 euros par mois), 59,63 euros d’électricité, 51 euros d’abonnement à Internet, 34,30 euros d’assurance habitation et 25,98 euros pour deux forfaits téléphoniques.

Pour les courses, la famille dépense 500 euros par mois. « Nous donnons également 200 euros mensuels à chacun de nos enfants – toujours au foyer – pour les responsabiliser : ils règlent eux-mêmes leur passe Navigo étudiant, leur forfait téléphonique, leurs repas du midi et leurs sorties », précise Francine.

Le foyer dépense par ailleurs 14,99 euros pour Netflix et 10,99 euros pour Disney+, ainsi que 15,97 euros d’abonnement à Top Assmat, un outil de gestion administrative dédié aux assistantes maternelles. Côté épargne, le couple alimente irrégulièrement deux livrets de développement durable et solidaire (LDDS) : « Ils nous servent aussi à lisser certaines dépenses : les charges de copropriété, réglées trimestriellement, et les impôts y sont provisionnés, puis prélevés au moment voulu. »

En revanche, Francine ne paie pas d’impôt sur le revenu grâce à l’abattement fiscal propre aux assistantes maternelles : elle n’a déclaré que 8 152 euros au titre de l’année 2024 après déduction de plus de 14 000 euros. « Heureusement que nous bénéficions de cet avantage… », reconnaît-elle. Cet abattement vise à compenser les frais professionnels réels engagés – consommation d’eau, d’électricité, chauffage, usage du logement à des fins professionnelles, achat de matériel – dont la justification au réel serait trop contraignante pour chaque professionnelle.

« C’est un métier-passion » malgré la pénibilité et les clichés persistants

À 47 ans, Francine devra travailler encore dix-sept ans avant de partir à la retraite à 64 ans. Un âge qu’elle juge tardif au vu de la pénibilité réelle de son emploi : « Nous souffrons de problèmes de dos, d’articulations ; nous passons notre temps à nous lever, nous asseoir, sans que ce métier soit reconnu comme pénible. Je connais même une collègue de 71 ans qui travaille encore… Je ne sais pas comment elle y parvient. » Selon le Syndicat national des professionnels de la petite enfance, une assistante maternelle porte l’équivalent de 5 000 tonnes cumulées en poids de bébés au cours de sa carrière, ce qui illustre bien la charge physique du métier.

Pourtant, Francine adore son travail. « C’est un métier-passion », affirme-t-elle. Elle déplore cependant la persistance des clichés sur sa rémunération, et cite notamment un reportage diffusé récemment sur M6 qui a soulevé l’indignation des assistantes maternelles : il brossait le portrait d’une professionnelle gagnant 3 000 euros par mois. « Ce n’est absolument pas représentatif ! C’est malheureux que ce genre de reportages casse un métier finalement, en donnant une impression fausse auprès du public : que nous serions très bien payées, alors que nous travaillons énormément pour des petits salaires », s’insurge Francine. De fait, en 2023, selon l’Urssaf, le salaire mensuel moyen des assistantes maternelles s’élevait à 1 461 euros et 3,92 euros nets de l’heure par enfant accueilli, confirmant ainsi la précarité financière de nombreuses professionnelles.