Anglais : le défi des actifs français pour booster leur carrière
Anglais : comment les actifs français améliorent leur niveau

Londres, 12 h 30. Le fond de l’air a beau être encore frais, les étudiants s’agglutinent, sandwich ou salade à la main, dans la cour intérieure du campus d’Education First (EF) pour déjeuner. L’organisme de séjours linguistiques a fait de ce bâtiment victorien orné de briquettes blondes son vaisseau amiral. Ici, la plupart des étudiants ont l’air d’être nés après l’an 2000. Mais parmi eux se distinguent aussi quelques visages plus matures, comme celui de Vanessa, 48 ans, personnel navigant pour une compagnie aérienne, qui avait besoin d’avoir un anglais plus fluide pour embarquer sur des vols internationaux. Ou celui de Matteo, un chercheur en informatique franco-italien de 31 ans, venu chercher une pratique plus courante, à l’écrit comme à l’oral.

« Toute la littérature scientifique est aujourd’hui en anglais. Les colloques aussi. Bien sûr, je peux utiliser ChatGPT pour traduire les productions de mes confrères, mais cela reste grossier. Quand on fait de la recherche, on n’a pas droit à l’erreur. Et puis j’avais envie d’avoir des conversations plus précises et nuancées avec mes homologues », explique-t-il. Il y a quelques mois, l’universitaire a donc pris la décision de partir en immersion pendant six semaines à Londres. Un séjour intensif qui lui a coûté 4 650 euros, constitué de cours en journée et de visites le week-end, avec hébergement chez l’habitant.

Une tendance croissante chez les actifs

Une formule qui séduit « de plus en plus d’actifs », observe le directeur de l’établissement, Erwin Decharneux. Sur l’ensemble des destinations proposées par l’organisme, la part des séjours destinés aux plus de 25 ans est passée de 18 % en 2019 à 27 % aujourd’hui. Parmi les élèves français, cette tranche d’âge atteint même 38 % des apprenants. Une évolution bienvenue au regard du niveau désespérément bas de nos compatriotes en anglais. Sur les 2,2 millions de candidats au test de compréhension et d’expression mené par EF en 2025, la France se classait ainsi à la 38e place sur 123 pays. Et elle se trouvait à la 27e place européenne sur 37 pays, pour un niveau considéré comme seulement « moyen ».

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Des Français « globalement nuls »

Bien sûr, tous les Français n’ont pas le même niveau. L’organisme précise que les 21-25 ans sont mieux armés. « Les plus aisés et les plus diplômés aussi, car ils ont souvent eu l’occasion de voyager, de participer à des échanges universitaires ou de bénéficier de cours de soutien », complète Natanael Wright, le patron de Wall Street English. Mais c’est un fait, dit-il : « Les Français sont globalement nuls. » En cause ? Nos méthodes d’apprentissage à l’école, « trop orientées vers la maîtrise de la grammaire et du vocabulaire, au détriment de l’expression orale », affirme-t-il. Et puis, il y a cette façon de considérer l’anglais comme « une menace pour la francophonie ». Pour preuve ? « Notre télévision continue de diffuser les films en version française, alors que les pays du nord de l’Europe proposent depuis longtemps les films en version originale. Et devinez quoi ? Ils sont meilleurs en anglais… » soupire l’expert.

Un atout pour l'emploi et le salaire

Et pourtant, parler une langue étrangère permet de faire la différence sur le marché de l’emploi. Selon une étude réalisée en 2021 à la demande de la Fédération de la formation professionnelle, un quart des offres d’emploi paraissant sur les sites de l’Apec et de Pôle emploi exigent la maîtrise d’une langue étrangère. Dans le détail, tout dépend évidemment du secteur, précise Annelise Leroy, responsable d’équipe pour le bureau de recrutement Page Personnel : « Si vous visez un emploi sans dimension internationale, dans une TPE ou une PME par exemple, la question ne se posera a priori pas. » Idem si vous êtes sur des métiers de back-office – secrétariat, comptabilité, informatique, etc. –, où les interactions en langue étrangère se feront de manière asynchrone et par écrit. « L’intelligence artificielle permet aujourd’hui de s’exprimer de manière précise, sans faute et sans effort dans n’importe quelle langue », dit-elle encore.

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Mais ceux qui travaillent dans une multinationale et qui occupent des fonctions managériales, ou bien de stratégie, de gestion de projet, d’information, de commerce, de marketing ou de service clients, « risquent de pâtir d’un mauvais niveau en anglais », dit-elle. « Certes, des technologies traduiront bientôt en temps réel des visioconférences à la manière de superinterprètes, mais ChatGPT ne permettra jamais d’échanger de manière rapide, naturelle, sincère et sécurisée avec une personne étrangère », complète Pierre Gromada, directeur exécutif chez Hays Services. En clair, conserver un anglais scolaire, « c’est prendre le risque de passer à côté d’un poste ou d’une promotion de carrière », prévient le recruteur.

Ce que confirme une étude de la Commission européenne publiée en 2015 et menée sur 24 pays : selon les auteurs, les adultes maîtrisant une langue étrangère ou plus ont davantage de chances d’être en emploi que les monolingues. Ils auraient aussi moins de risques de se faire licencier. Quant aux gains salariaux, ils oscilleraient entre 10 et 30 % en fonction des métiers. Selon le cabinet de conseil Asterès, un salarié augmentera son salaire de 4 335 euros par an s’il passe d’un niveau scolaire (B1) à un niveau bilingue (C2). Un argument d’autant plus fort que, en considérant que chaque niveau d’apprentissage représente environ 200 heures de travail d’enseignement, cette transformation ne prendrait que deux ans. Le tout pour un budget de 5 000 euros, finançable par son compte personnel de formation.

Comment se former efficacement ?

Mais comment se former concrètement ? Si l’immersion longue reste, de l’avis de tous, le format le plus efficace pour apprendre l’anglais rapidement, la majorité des actifs optent pour des cours. Une manière de ne pas mettre en stand-by sa vie professionnelle. « Et à condition de travailler sérieusement et régulièrement, il est possible de progresser tout aussi efficacement », assure Natanael Wright, de Wall Street English. Dans ses programmes, cela implique de travailler deux heures et demie par semaine, devoirs à la maison compris, dit-il. « Chacun est libre d’aller au rythme qui lui convient en fonction de ses impératifs personnels, et d’opter pour des cours en présentiel ou en distanciel, en temps réel ou de manière asynchrone. »

D’autant que l’IA a été intégrée à la plupart des programmes de formation en langue, ce qui permet de travailler son expression orale « sans peur du ridicule » et ainsi de progresser plus vite. Même si le cadre et la discipline apportés par un vrai professeur sont irremplaçables, l’intelligence artificielle est un « vrai plus » confirme Cindy, DRH dans un grand groupe, qui a opté de son côté pour des cours au British Council.

Valoriser son niveau sur le CV

« Avoir suivi des cours ne vous servira à rien si vous ne savez pas le valoriser sur un CV », observe Annelise Leroy, qui conseille d’adopter la nomenclature du cadre européen commun de référence pour les langues : B1, B2, C1, etc., et surtout de se tenir prêt à échanger en anglais lors d’un entretien d’embauche. Mais le moyen le plus efficace de prouver sa maîtrise de la langue de Shakespeare reste encore d’obtenir une certification. Parmi les plus reconnues : le Cles (qui est une certification d’État) mais aussi Cambridge English, Linguaskill, Aptis, IELTS ou encore le fameux Toeic, précise un chasseur de têtes, qui le reconnaît en off : « Cela tranquillise tout le monde, à commencer par les recruteurs, qui ne sont eux-mêmes pas toujours très compétents en anglais. »

Top 15 des pays (non anglophones) les meilleurs en anglais

  1. Pays-Bas
  2. Croatie
  3. Autriche
  4. Allemagne
  5. Norvège
  6. Portugal
  7. Danemark
  8. Suède
  9. Belgique
  10. Slovaquie
  11. Roumanie
  12. Finlande
  13. Afrique du Sud
  14. Zimbabwe
  15. Pologne

[...] 38. France

Source : Baromètre 2025 EF Education First (EF English Proficiency Index).

Quel est votre niveau d’anglais ?

Le cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) offre un référentiel commun à tous les pays. Il est celui généralement utilisé par les recruteurs.

  • A1 : Débutant : connaissance des expressions de base et interactions simples
  • A2 : Élémentaire : maîtrise d’expressions quotidiennes et de tâches courantes
  • B1 : Intermédiaire : capacité à gérer des situations familières et à exprimer ses idées
  • B2 : Intermédiaire avancé : compréhension des textes complexes et interactions fluides
  • C1 : Avancé : capacité à produire des textes détaillés et à s’exprimer couramment
  • C2 : Maîtrise : compréhension quasi-native