Une majorité écrasante de travailleurs européens aspire à un emploi respectueux de l'environnement
Pour la première fois depuis sa création en 1990, la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) a intégré dans son enquête quinquennale une question sur l'importance d'exercer un travail « bon pour l'environnement ». Les résultats, publiés en 2024 et couvrant les vingt-sept pays de l'Union européenne, sont sans appel : 83% des travailleurs déclarent que cet aspect est « très important » ou « plutôt important ». Seuls 17% estiment que cela n'est « pas du tout » ou « pas très important ».
La France en tête des préoccupations environnementales au travail
L'Hexagone se distingue particulièrement avec un taux de 89% de travailleurs accordant de l'importance à un emploi bénéfique pour l'environnement. Ce chiffre équivaut exactement à celui concernant la sécurité de l'emploi, démontrant ainsi que la dimension écologique s'impose désormais comme un critère majeur de qualité professionnelle. À titre de comparaison, d'autres aspects traditionnels restent légèrement plus valorisés :
- Un environnement de travail favorable à la santé physique et mentale (96-98%)
- Une charge de travail raisonnable et un climat de confiance (96-98%)
- Une bonne rémunération et des horaires adaptés (93-95%)
Le conflit éthique environnemental : un nouveau risque professionnel
Ces données résonnent avec les recherches menées par Thomas Coutrot et Coralie Perez, qui ont interrogé les travailleurs français sur leur « impression que [leur] travail a des conséquences négatives sur l'environnement ». En 2019, près d'un tiers des salariés se sentaient concernés, et 7% estimaient même que c'était « toujours » ou « souvent » le cas.
Ces situations, qualifiées de « conflit éthique environnemental au travail », peuvent être :
- Directes : pour les ouvriers œuvrant dans des secteurs polluants
- Indirectes : pour les cadres qui jugent que leur activité contribue au consumérisme et à la surexploitation des ressources naturelles
Des conséquences tangibles sur la santé et la carrière
Les travailleurs confrontés à ce type de conflit éthique présentent des risques accrus d'insoutenabilité professionnelle. Ils déclarent plus fréquemment :
- Ne pas se sentir capables de poursuivre le même emploi jusqu'à la retraite
- Envisager un changement de métier dans les trois prochaines années
Ces phénomènes s'inscrivent dans le cadre plus large des impacts de la crise environnementale sur la santé mentale et physique, notamment à travers l'écoanxiété. Cette dernière combine une prise de conscience aiguë des enjeux écologiques avec un sentiment d'impuissance face à l'ampleur des défis à relever.
L'enquête Eurofound met ainsi en lumière une évolution majeure des attentes professionnelles en Europe, où la dimension environnementale devient un élément central de la qualité de l'emploi, au même titre que les conditions de travail traditionnelles. Cette tendance, particulièrement marquée en France, souligne l'émergence de nouveaux critères éthiques dans le monde professionnel et leurs implications concrètes sur la santé et la trajectoire des travailleurs.



