Un pompiste aveyronnais résiste à la flambée des prix du carburant
Alors que les prix du carburant s'envolent depuis le début de la guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz, rendant le plein de réservoir un défi financier pour de nombreux automobilistes, un pompiste indépendant de l'Aveyron fait figure d'exception. Jacques Vaysse, président de la branche carburant de la Fédération nationale de l'automobile (FNA) et gérant du garage Pareloup automobile à Salles-Curan, a choisi de ne pas répercuter l'augmentation sur ses tarifs à la pompe.
Des prix défiant toute concurrence
Ce mercredi, Jacques Vaysse affichait des prix au litre bien inférieurs aux moyennes nationales : 1,78 € pour le gazole, 1,83 € pour le SP95 et 1,86 € pour le SP98. En comparaison, les moyennes nationales étaient de 2,07 € pour le gazole, 1,91 € pour le SP95-E10 et 1,99 € pour le SP98, selon les calculs de l'AFP. Le pompiste explique cette différence par l'utilisation de ses stocks achetés à un prix moyen avant la crise.
Jacques Vaysse : « On est encore sur nos stocks donc on n’est pas pénalisé. Comme on est un peu isolé, nous n’avons pas beaucoup de clients, on met donc plus de temps que les autres à évacuer notre produit. On avait acheté notre carburant à un prix moyen, donc on joue le jeu de la non-spéculation, on n’a pas majoré nos prix. »
Une question de morale et de solidarité
Pour Jacques Vaysse, cette décision relève d'une éthique professionnelle et d'une volonté de soutenir les habitants de sa région. Il souligne que dans l'Aveyron, de nombreuses personnes parcourent de longues distances pour se rendre au travail, et une hausse des prix du carburant pourrait mettre en péril leur budget.
Jacques Vaysse : « On aurait pu mettre le gazole à 1,99 € le litre, personne ne nous aurait rien dit. Mais c’est une histoire de morale. Dans l’Aveyron, les gens ont besoin de carburant pour aller travailler. Nous, on a la possibilité de faire tout ça sans réduire notre marge. Je trouve ça réglo, c’est tout. »
Un réapprovisionnement imminent et des choix difficiles
La situation pourrait toutefois changer rapidement. Jacques Vaysse prévoit de devoir se réapprovisionner d'ici la fin de la semaine ou la semaine prochaine, ce qui entraînera une hausse des prix en fonction du coût d'achat, de la marge et du transport. Il anticipe des tarifs pouvant atteindre 2,20 € à 2,30 € le litre pour le gazole, sans augmentation de sa marge.
Le pompiste se prépare à des discussions difficiles avec ses clients, mais il compte sur leur compréhension. Il envisage même de ne pas réapprovisionner si les prix continuent d'augmenter, pour éviter de vendre à des tarifs trop élevés, ou de commander de petites quantités pour limiter les risques.
Une relation de confiance avec les clients
Les clients de Jacques Vaysse réagissent avec gratitude face à ses prix bas. Il souligne l'importance de cette relation de confiance dans son commerce familial, où il connaît personnellement de nombreux habitués. Pour préserver cette dynamique, il a même décidé de fermer la nuit pour réserver le carburant à ses clients fidèles.
Jacques Vaysse : « Ils me disent un mot qui est magique : “merci”. En temps normal, la différence de prix entre les grands distributeurs et moi, c’est en moyenne 5 centimes. Là, ça devient le prix d’un repas. »
Les petits pompistes souvent oubliés
Jacques Vaysse profite de cette visibilité pour déplorer le manque de représentation des petits pompistes indépendants dans les discussions gouvernementales sur les prix du carburant. Il regrette que sa fédération, la FNA, n'ait pas été conviée aux réunions organisées par le gouvernement.
Jacques Vaysse : « En France, il n’y a pas que les gros distributeurs de carburant, il y a aussi des petits garages. Et on est toujours oubliés, sauf dans des cas particuliers comme aujourd’hui, où on parle un peu de nous. »
Cette histoire met en lumière les défis auxquels font face les petits commerces face aux crises économiques, tout en soulignant l'importance de l'éthique et de la solidarité locale.



