Il est loin le temps où Donald Trump balayait la hausse des prix du carburant, déclarant début mars lors d'un entretien à Reuters, « s'ils grimpent, ils grimpent ». Le président américain a proposé, lundi 11 mai, de suspendre temporairement la taxe fédérale sur l’essence. Cette initiative est présentée comme une réponse directe à la flambée des cours du pétrole, qui ont atteint leur plus haut niveau depuis 2022, dans le contexte des tensions au Moyen-Orient et des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, déclenchées le 28 février. La mesure vise également à désamorcer le mécontentement de l’opinion publique, à quelques mois des élections de mi-mandat de novembre.
Une proposition bien accueillie par le président
« Je pense que c’est une excellente idée », s'est félicité le locataire de la Maison-Blanche lors d’un échange téléphonique avec CBS News, avant de préciser devant des journalistes dans le bureau Ovale : « Oui, nous allons supprimer la taxe sur l’essence pendant un certain temps, et lorsque les prix auront baissé, nous la rétablirons progressivement. » La Maison-Blanche n’a toutefois pas précisé de calendrier, ni engagé de démarche officielle auprès des parlementaires, se contentant de renvoyer aux déclarations du président. À noter que la mesure devra encore être validée par le Congrès, où les équilibres sont fragiles.
Un contexte politique tendu
Sur le plan politique, la proposition intervient alors que la popularité de Donald Trump recule. Près des deux tiers des Américains désapprouvent sa gestion de l’économie, selon un sondage Washington Post-ABC News-Ipsos réalisé fin avril. Seuls 23 % des sondés approuvent la manière dont Donald Trump gère le coût de la vie. Essence, assurances santé, alimentation : les préoccupations économiques dominent largement l’opinion publique américaine, toujours confrontée à une inflation persistante. Il faut dire que les tarifs du carburant s'envolent, avec un prix moyen national de l'essence qui a atteint 4,452 dollars le gallon (environ 3,8 litres) la semaine dernière. Les Américains tiennent largement l'exécutif pour responsable, ce qui pourrait lui coûter cher lors des élections de mi-mandat au mois de novembre.
Réactions politiques contrastées
De leur côté, les adversaires politiques du président jouent leur rôle. Sans surprise, certains ont raillé l’idée, la jugeant insuffisante et tardive, comme le note le Washington Post. « Oui, jetez-leur encore quelques miettes de pain », a écrit Marjorie Taylor Greene, ancienne représentante républicaine, sur X. À l’inverse, le sénateur démocrate de l’Arizona Mark Kelly a salué la proposition, rappelant l’avoir lui-même avancée dès mars : « Les familles ont besoin d’aide maintenant. »
Détails de la mesure et impact budgétaire
Concrètement, la mesure viserait à suspendre la taxe fédérale sur les carburants — environ 18 cents par gallon pour l’essence et 24 cents pour le diesel selon le New York Times — qui alimente le Fonds fiduciaire des autoroutes, destiné à financer l’entretien et la modernisation des infrastructures de transport aux États-Unis. Une suppression temporaire aurait cependant un impact budgétaire significatif : selon le Bipartisan Policy Center, repris par le Washington Post, cinq mois de suspension coûteraient environ 17 milliards de dollars au fonds.
Un effet restreint sur les prix à la pompe
Surtout, les experts soulignent que l’effet sur les prix à la pompe resterait limité. La taxe fédérale ne représente qu’une faible part du prix final et sa suppression ne compenserait pas la hausse récente. Comme le rappelle le Washington Post, la taxe est prélevée en amont, au niveau des terminaux ou des raffineries, et non directement à la pompe. Dès lors, il serait difficile d’en mesurer l’impact réel sur les prix, qui dépendent de nombreux autres facteurs. Les économies varieraient par ailleurs fortement selon les régions, les habitudes de conduite et le type de véhicule.
À l’approche des élections de mi-mandat, cette initiative apparaît ainsi autant comme une réponse à la pression inflationniste que comme une tentative de regagner de l’air politique et de redresser une popularité fragilisée.



