Petit Navire invite les consommateurs à tester le mercure dans leurs conserves de thon
Un an et demi après une polémique sur la présence de mercure dans le thon en conserve, la marque Petit Navire lance une opération inédite et surprenante : proposer aux consommateurs de faire analyser leurs boîtes en laboratoire indépendant. Cette initiative, baptisée "Faites le test", vise à rétablir la confiance dans un contexte de préoccupations sanitaires croissantes.
Une opération limitée mais symbolique
Depuis le 24 mars et jusqu'au 5 mai 2026, Petit Navire invite ses clients à renvoyer une conserve de thon achetée en magasin pour en mesurer précisément la teneur en mercure. L'analyse sera réalisée par le laboratoire indépendant Labexia, situé à Quimper, avec des résultats transmis sous un mois et un remboursement intégral du produit. Cependant, cette démarche reste volontairement limitée aux 1 000 premiers participants, qui doivent s'inscrire en ligne sur le site dédié puis expédier leur boîte sous quelques jours.
Contexte : une contamination généralisée révélée
En octobre 2024, une enquête conjointe des ONG BLOOM et Foodwatch avait révélé une contamination généralisée du thon par le mercure dans l'ensemble des boîtes analysées en Europe. Certaines conserves dépassaient même le seuil réglementaire fixé à 1 mg/kg, soulevant de sérieuses inquiétudes. Le méthylmercure, forme particulièrement toxique présente dans l'alimentation, est surveillé pour ses effets néfastes sur le système nerveux, notamment chez les populations vulnérables.
Les thons, situés en bout de chaîne alimentaire, sont particulièrement exposés à ce phénomène de bioaccumulation, où les métaux lourds s'accumulent dans leurs tissus au fil du temps. Ces révélations avaient considérablement entamé la confiance des consommateurs et pesé sur les ventes de l'ensemble du secteur, y compris celles de Petit Navire, leader historique du marché.
Une volonté affichée de transparence
Rare dans le secteur agroalimentaire, cette initiative est présentée par la marque comme un geste fort de transparence et de responsabilité. Interrogée, Petit Navire assume une démarche offensive : "La confiance se construit par les faits", assure au Figaro son directeur général Alexis Jacquand, qui affirme vouloir "permettre à chacun de vérifier la conformité de son produit". La marque souligne par ailleurs réaliser des contrôles réguliers et garantir le respect des normes sanitaires en vigueur.
Cette opération s'inscrit clairement dans une stratégie de reconquête commerciale et d'image, visant à répondre aux critiques tout en engageant directement le consommateur dans le processus de vérification. Elle intervient dans un paysage où les scandales alimentaires récurrents poussent les acteurs à innover dans leurs communications et leurs pratiques.
Réactions et perspectives
Si l'initiative est saluée par certains comme une avancée en matière d'information du public, d'autres observateurs restent prudents, notant que la limitation à 1 000 participants réduit sa portée statistique. Parallèlement, des collectivités comme Montpellier ont déjà pris des mesures radicales, bannissant le thon des cantines scolaires pour protéger la santé des enfants, illustrant l'ampleur des préoccupations.
Cette démarche de Petit Navire pourrait ainsi faire école dans l'industrie, poussant d'autres acteurs à adopter des pratiques similaires pour restaurer une confiance ébranlée par des révélations choc sur la qualité des produits de la mer.



